Gaspillage alimentaire : une réelle prise de conscience européenne ?

France, Italie, Roumanie, ces derniers mois, ces pays ont voté en faveur de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Mais depuis 2011, c’est le Danemark qui multiplie les initiatives contre le gaspillage alimentaire. Ces cinq dernières années, les Danois ont réussi à réduire de 25 % les déchets alimentaires. A travers le monde, le tiers de la nourriture est gaspillé, un chiffre qui ne cesse d’augmenter en Europe (40%). Mais les idéologies divergentes au sein même de l’Union permettront-elles l’émergence d’un véritable mouvement européen ? 

Au Danemark, un produit périmé est encore bon à consommer. Depuis 2011, le Royaume a réussi à réduire d’un quart son gaspillage alimentaire. Et ces bons résultats sont principalement dû au changement des mentalités. Mais c’est aussi l’association Stop Spild Af Mad (Stop au gaspillage alimentaire), créée en 2008 par Selina Juul, une militante d’origine russe, qui œuvre depuis des années pour que les produits proches ou qui ont atteint la date de péremption, bénéficient d’importantes promotions dans les supermarchés. Selon les chiffres du Conseil Danois pour l’Agriculture et les Produits Alimentaires, cette réduction représenterait une économie de presque 600 millions d’euros.

Une prise de conscience globale

Si l’initiative a été adoptée par la plupart des enseignes danoises, certaines tentent d’aller encore plus loin. L’association Wefood ne vend que des produits dont l’emballage est abîmé ou la date de péremption déjà dépassée. Deux boutiques ont été ouvertes dans la capitale, et militent pour nous faire comprendre que « ces produits sont encore bons à manger ». Donnés par des sociétés, des producteurs et des supermarchés, ils sont vendus à moitié prix. Et encore mieux, les profits sont ensuite entièrement reversés à une association caritative.

Mais face à cet engouement pour la lutte contre le gaspillage alimentaire, d’autres initiatives, à plus petite échelle, ont vu le jour. L’application Too Good to Go Ud, permet aux consommateurs, pour seulement quelques euros, d’acheter les invendus de la journée, auprès des restaurants partenaires, juste avant leur fermeture. Mais les habitants de Copenhague peuvent aussi aller au restaurant, sans se ruiner. Le restaurant Rub og Stub (Tout sans exception) élabore ses menus à partir d’invendus de grandes surfaces : pomme de terre irrégulières, oignons trop petits, fruits difformes, ces produits sont devenus la matière première des plats élaborés dans cette cuisine.

Ailleurs, en Europe…

Au sein des autres pays européens, les initiatives se multiplient elles aussi pour lutter contre le gaspillage alimentaire. En Grande-Bretagne, le premier supermarché d’invendus a ouvert ses portes, près de Leeds, en septembre dernier. Mais contrairement à Wefood, l’organisme propose aux clients de fixer eux-mêmes le prix.

La France jette 10 millions de tonnes d’aliments par an, selon une étude publiée le 26 mai dernier, par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Comme au Danemark, la France propose la vente promotionnelle de produits ayant dépassé la date-limite d’utilisation. Mais cela reste toutefois très rare dans nos rayons. Récemment, la loi française a interdit aux distributeurs du secteur alimentaire de rendre leurs invendus impropres à la consommation. Mais cela va-t-il permettre une réelle réduction du gaspillage alimentaire dans l’hexagone ?

De son côté, Berlin souhaite se débarrasser de la date de péremption sur les produits. Et c’est le ministre Christian Schmidt (CSU) qui a proposé cette mesure, espérant diviser par deux le gaspillage alimentaire d’ici 2030. En effet, ces dates de péremption ne reflètent pas la réalité, elles indiquent seulement la période durant laquelle l’odeur, la couleur, le goût et la consistance du produit ne sont pas altérés, si celui-ci n’a pas été ouvert. Mais l’association des commerçants de nourriture allemands (BVLH) s’oppose à cette idée, affirmant qu’elle reste un outil important pour les consommateurs.

Gaspillage alimentaire, nourriture
La France jette 10 millions de tonnes de nourriture par an.

3 applications pour lutter contre le gaspillage alimentaire

To Good To Go : comme au Danemark, l’application a aussi vu le jour en France. Cette application anti-gaspillage met en relation les commerçants et les consommateurs pour vendre leurs produits de la journée, à prix cassés. Avec son système de géolocalisation, l’appli vous permet d’acheter des produits de restauration de votre quartier moins cher.

Checkfood : cette application vous prévient par téléphone de la durée de vie de vos aliments achetés. Au retour de vos courses, il vous suffit de scanner vos articles avec le code-barre, indiquer la date de péremption, et vous serez notifié d’un message deux jours avant la date limite.

Partage ton frigo : vous avez des produits encore bons ? Mais vous ne pouvez pas les consommer ? L’application est née de l’association du même nom qui organise des apéros-frigos ou des hacking frigos. Un projet collaboratif qui permet de lutter contre le gaspillage en mettant en commun ses produits.

Ces derniers mois la Commission européenne a affirmé vouloir mettre en place une méthode commune d’évaluation des pertes alimentaires. Elle souhaite aussi créer une plateforme européenne, permettant de rassembler les pouvoirs publics et tous les acteurs du secteur. Un réel enjeu pour elle, car on compte près de 88 millions de tonnes de produits alimentaires perdus chaque année dans l’Union, soit 20 % de l’alimentation produite. Un coût qui pourrait monter jusqu’à 143 milliards d’euros. Mais les Etats membres ne sont pas tous engagés avec la même détermination. Selon le commissaire chargé de la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, les 28 sont aujourd’hui « obligés de réduire d’ici 2030 de moitié le gaspillage alimentaire ».

Réunis en session plénière à Strasbourg le 16 mai dernier, les eurodéputés ont réitéré les engagements pris dans le cadre du paquet déchets adopté en mars dernier. Mais c’est la question des dons qui a été le plus débattu. En effet, ces derniers – pour faciliter les dons alimentaires – ont demandé à la Commission européenne de proposer un changement de directive TVA, autorisant alors plus facilement les exonérations fiscales sur les dons. Réelle envie ou simple enfumage ?

 

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