Prisons européennes : à quand une réelle prise de conscience ?

Conditions inhumaines, taux de suicides élevés, émeutes pénitentiaires, la plupart des prisons en Europe se porte mal. Mais alors que quelques bons élèves ont su apporter de nouvelles solutions et conditions aux détenus, la grande majorité se sent dépassée.

Le surpeuplement des prisons européennes reste une grosse problématique dans un quart des administrations pénitentiaires européennes. Hongrie, Belgique, Macédoine, Grèce, Albanie, Italie, Espagne, Slovénie, France, Portugal, Serbie, Roumanie, Autriche, tous sans exception font face à des problèmes carcéraux, mais surtout présentent de très mauvaises conditions de détention, très souvent épinglées par le Conseil de l’Europe.

La France, le mauvais élève de l’Europe ?

Depuis plusieurs années, la France est très souvent critiquée concernant sa surpopulation carcérale. Et malgré la construction de nouvelles prisons dans l’Hexagone, les établissements sont trop souvent montrés du doigt. Mais pour le cas français, ce ne sont pas les prisons qui sont surpeuplées mais plutôt les maisons d’arrêt. Ces établissements prévus pour accueillir des prévenus en attente de jugement, des condamnés de courtes peines ou encore des condamnés en attente d’affectation, sont les premiers visés. Selon un rapport, datant de septembre 2016, présenté par le garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas, « le taux de surpopulation des maisons d’arrêt était de 46 % contre 2,6 % pour les établissements pour peine » .

En effet, sur onze pays présentant une situation de surpopulation carcérale en 2014, elle se situerait à la septième position. En France, on compterait alors en général 115 détenus pour 100 places par centre pénitentiaire, et le pays se placerait juste devant la Hongrie (avec 142 détenus pour 100 places), la Belgique (129), la Macédoine (123) et la Grèce (121). Mais malgré ces chiffres assez alarmants, son taux d’incarcération reste faible, la plaçant – comme la plupart des pays de l’Ouest – en dessous de la médiane européenne, bien que le taux ait augmenté de 30 % ces dernières années.

Au Pays-Bas, des prisons mettent la clé sous la porte

Contrairement au reste des prisons européennes, le cas néerlandais souffre d’un problème de sous-occupation carcérale. Entre 2009 et 2016, par manque de détenus, plus d’une trentaine de maisons d’arrêts ont mis la clé sous la porte. Et selon Jaap Oosterveer, porte-parole du Ministère de la Justice, le pays aurait « plus d’un tiers des 13 500 cellules inoccupées ». Vieillissement de la population, développement des programmes de réinsertion, baisse de la criminalité, ces dix dernières années, la population carcérale a diminué de 20 %, plaçant alors les Pays-Bas derrière la Finlande dans le classement des taux les plus faibles d’Europe.

Mais que deviennent alors ces locaux inutiles ? Centres d’hébergement temporaire, accueil de détenus étrangers, construction d’hôtels, le gouvernement ne cesse d’imaginer une deuxième vie pour ces locaux. Mais ce sont surtout les pays européens voisins, qui en bénéficient. Dès 2010, les Pays-Bas se sont mis à louer une partie des centres pénitenciers à quelques pays débordés. La Belgique en 2010 avait loué près de cinq cents cellules dans la prison de Tilburg – à quelques kilomètres de la frontière – pour une durée de six ans. En 2015, la célèbre prison de haute sécurité de Norgerhaven, au nord du pays, a été confiée à un directeur de prison norvégien durant trois ans. Chaque année, des étrangers se rendent alors aux Pays-Bas purger leur peine attendant qu’une place se libère dans leur pays. Un processus rentable pour Oslo qui affirme qu’en plus, il permet de préserver des emplois dans la région.

Difficiles réinsertions et émeutes pénitentiaires

Malgré quelques bons élèves qui se placent en maîtres de la réinsertion, les établissements n’anticipent pas le futur des détenus. Au sein des prisons européennes, la Belgique serait le pays d’Europe ayant le taux de suicide le plus élevé. Mais cela est principalement dû à un manque total d’accompagnement. Outre le manque affectif et l’isolement social, les détenus se voient très peu proposer de formation ou de travail. Impensable, quand on sait que la majorité des gouvernements européens imposent aux prisons à présenter des plans de réinsertion, permettant aux détenus de retrouver une place dans la société une fois leur peine purgée. En plus de son fort taux de suicide, la Belgique affiche aussi des taux de récidive très importants. Des chiffres qui poussent – depuis quelques années – la justice belge à se poser de nombreuses questions et à tenter d’opter pour un changement radical de politique carcérale.

Mais les prisons britanniques, elles aussi, ne sont pas très bien cotées. En octobre 2016, Joe Fenton, un journaliste de la BBC, a travaillé deux mois – sous couverture – comme gardien à la prison de Northumberland, dans le nord-est de l’Angleterre. Menaces régulières de la part des prisonniers, découverte d’objet en métal, de trou dans une clôture et de consommation de drogues, le reportage diffusé la semaine dernière  a permis d’entrevoir l’intérieur de ces prisons qui ne semblent plus être contrôlées. Cette diffusion rappelle aussi les plus graves émeutes pénitentiaires qu’a connu le pays à la mi-décembre. A la prison de Birmingham, près de 600 prisonniers avaient pris la direction, durant plusieurs jours, de quatre ailes de la prison, après avoir volé les clés d’un gardien. Dans trois autres prisons britanniques, les condamnés justifiaient leurs actions précisant qu’ils n’étaient plus autorisés à sortir en raison du manque de personnel.

Alors même si certains pays européens se voient dans l’obligation de fermer certaines de leurs prisons, la plupart des autres états européens sont confrontés à une surpopulation importante en milieu carcérale. A travers son classement, ainsi que ses nombreuses recommandations, le Conseil de l’Europe tente, chaque année, d’alerter les gouvernements afin d’imaginer de nouvelles mesures. Mais pourquoi les états peinent-ils autant à prendre de réelles mesures ? Manque d’intérêts ou faute de moyens ?

 

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