Helmut Kohl, disparition d’un géant européen

L’ancien chancelier allemand est décédé vendredi 16 juin à 87 ans dans sa ville natale de Ludwigshafen, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Au pouvoir lors de la réunification, Helmut Kohl a redressé son pays et lancé un approfondissement sans précédent de l’unification européenne.

Quand Helmut Kohl succède à Helmut Schmidt en 1982 au poste de chancelier de la RFA, beaucoup voient en lui un homme du terroir, aimant la bonne chère mais sans doute peu capable de diriger un pays comme l’Allemagne à cette période. Pourtant, il restera sans doute comme l’un des plus grands dirigeants qu’a connu son pays, mais aussi une figure unique en Europe. Conscient du poids de l’Allemagne sur le continent, il a su se nourrir de l’histoire pour construire une Europe unie, allant parfois à contre-courant du discours alors tenu par certains de ses concitoyens qui voyaient d’un mauvais œil la perspective d’un fédéralisme plus important.

Le père de la réunification allemande

Quand le Mur de Berlin se décide enfin à tomber en 1989, et avec lui le rideau de fer qui mettra fin à la guerre froide, Helmut Kohl est chancelier depuis sept ans. Devant le scénario logique d’une réunification, un chantier immense attend alors l’homme de Rhénanie. Le défi est intérieur mais aussi extérieur avec une Europe alors en pleine mutation, sur la voie d’un fédéralisme accru avec la perspective d’une monnaie unique.
Sur le plan intérieur, Helmut Kohl a tout d’abord réussi à minimiser les tensions consécutives à la rencontre entre l’Est et l’Ouest. Deux économies aux antipodes, l’une qui est alors en pleine croissance, l’autre qui est à bout de souffle. Il va amener aux Ossis – habitants de l’Est – le Deutsche Mark de l’Ouest et une économie sociale de marché allemande qui a fait ses preuves. Les débuts sont compliqués, mais il pouvait difficilement en être autrement devant l’ampleur de la tâche. Le chômage est au-dessus de 10% à l’Ouest, il s’envole dans les nouveaux Länder avec des fermetures d’usines à la chaîne et une pauvreté qui ne baisse pas. Malgré tout, le pays redémarrait et Kohl trouvait les mots justes pour faire entendre aux Allemands qu’au-delà de querelles économiques et dogmatiques, ils avaient un avenir en commun. Sa popularité n’est pas au beau fixe en 1998 quand il se lance dans une nouvelle campagne à la chancellerie qui sera celle de trop, mais l’histoire lui donnera raison par la suite.

Son influence reste considérable en Allemagne, Angela Merkel s’est montrée émue au moment de commenter sa disparition. La chancelière doit une partie de ce qu’elle est aujourd’hui à Helmut Kohl : elle a a occupé plusieurs postes de ministres à ses côtés avant de rompre avec lui suite à un scandale financier au sein de la CDU.

Un moteur de la construction européenne

Malgré tout, il ne faudrait pas limiter son influence à l’unique réunification allemande. Conscient de la nécessaire union du continent européen, mais aussi du poids important, à la fois historique, politique et économique de son pays, il est le moteur de l’approfondissement de l’intégration européenne. Enfant de l’entre-deux guerre, né en 1930, il a perdu son frère sur le champ de bataille – lui n’a jamais pris part aux combats – et s’est fait la promesse de ne plus jamais voir un conflit éclater en Europe.

En 1989, si la fin de la guerre froide est accueillie avec soulagement, la réunification allemande soulève quelques craintes dans certains pays européens. Celle notamment de la résurgence du nationalisme au sein d’un pays qui, bien qu’en pleine recomposition, demeure puissant en Europe sur le plan économique. Le chancelier va très vite rassurer en actant le fait que l’Allemagne doit se situer au cœur de l’Europe et de sa construction. Quand l’Union met en place la future monnaie unique, il trouve les mots et va même à contre-courant de nombreux Allemands, trop contents de la force de leur monnaie pour en changer, en imposant l’euro et donnant ainsi sur ce point une dimension fédérale inédite à l’Europe.

Parmi les images que l’on retiendra, il y a bien sûr ce moment de 1984 où l’on voit François Mitterrand et Helmut Kohl se tenir la main lors d’une cérémonie d’hommage aux soldats de Verdun et qui reste comme l’un des symboles de l’amitié franco-allemande et de la volonté de paix en Europe.

Helmut Kohl était conscient de l’objectif premier de l’Europe, celui de la paix, quand souvent l’Union n’est réduite qu’à son seul aspect économique. À un moment où la chute du communisme à l’Est redistribuait totalement les cartes avec d’éventuelles instabilités, il a placé le couple franco-allemand au cœur d’une Europe qu’il bénissait et qu’il souhaitait plus que jamais forte et intégrée.

L’Union européenne sait ce qu’elle doit à Helmut Kohl, ainsi, un hommage lui sera rendu à Strasbourg le 1er juillet prochain en présence de très nombreux chefs d’État, une première dans l’histoire de l’Union européenne. Le natif de Ludwigshafen est avec Jacques Delors et Jean Monnet, l’un des trois hommes à s’être vu décerner le titre de citoyen d’honneur de l’Union européenne.

Corentin Gorin

Ex-rédacteur en chef d'Eurosorbonne.

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