Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (du 7 au 13 novembre)

Articles par Jeremy Balouka et Laura De Almeida.

 

Ocean Viking : Giorgia Meloni démarre du mauvais pied ses relations avec la France

C’est un véritable feuilleton qui s’est déroulé cette semaine sur le sort des 234 migrants à bord du bateau humanitaire Ocean Viking. Tout commence par le refus italien de le laisser accoster dans un de ses ports, bien que le bateau naviguait dans ses eaux territoriales. En plus de cela, Giorgia Meloni, nouvelle cheffe du gouvernement italien, a fait savoir qu’elle remerciait la France qui, d’après elle, avait décidé d’accueillir le bateau, ajoutant une pression supplémentaire sur celle-ci. Invité ce mercredi sur France Info, Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, a démenti cette information et dénoncé l’attitude “inacceptable” du gouvernement italien, qui doit “respecter ses engagements européens”. 

Dans ce qui semble être un débat sans issue, jeudi, le président du Collectif exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a annoncé que si cela était nécessaire, la Corse était prête à accueillir l’Ocean Viking dans l’un de ses ports. “La proposition qui est faite au titre de l’urgence est d’offrir un port sûr, à titre transitoire, à des gens qui sont en situation de danger, de détresse, et peut-être même au risque de leur vie.

C’est finalement à Toulon que le bateau s’est amarré vendredi 11 novembre. Même si le problème est réglé pour l’ONG, les relations franco-italiennes, elles, sont loin de s’apaiser et ont même atteint un niveau de tension exceptionnel. Dès l’arrivée du bateau, Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, a annoncé la suspension « à effet immédiat » de l’accueil prévu de 3 500 migrants actuellement en Italie et promis de tirer « les conséquences » sur les autres aspects de sa « relation bilatérale ». La réaction de Giorgia Meloni ne s’est pas fait attendre, critiquant cette mesure d’ “agressive, incompréhensible et injustifiée”, de quoi rendre la relation Paris-Rome plus tendue que jamais. Elle ajoute, avec plus de calme, préférer trouver tout de même une solution européenne :  « Ce n’est pas intelligent de se disputer avec la France, l’Espagne, la Grèce, Malte ou avec d’autres pays. Je veux chercher une solution commune ».

 

Zone euro : une récession inévitable avant la fin de l’année

Ce vendredi 11 novembre, dans un communiqué, la Commission européenne a annoncé que « l’Union européenne, la zone euro et la plupart des pays membres devraient plonger en récession au dernier trimestre de cette année ». L’une des raisons principales évoquées dans le rapport : la guerre en Ukraine car « L’UE fait partie des économies avancées les plus touchées, en raison de sa proximité géographique avec la zone de guerre et de sa forte dépendance aux importations de gaz en provenance de Russie ».

Du côté des chiffres, l’inflation prévue pour la zone euro en 2023 a été relevée à 6,1%, contre 4% lors de la précédente évaluation. D’après la Commission, la hausse des prix atteindra son point culminant à la fin de l’année 2022, puis reculera. Pour l’ensemble de l’année 2022, il avait été prévu une inflation de 7,6%, mais celle-ci serait en réalité d’un pour cent supérieur (8,5%). De plus, la progression du PIB pour 2023 a également été revue à la baisse passant de 1,4% à 0,3%.

La Banque Centrale européenne a aussi communiqué un scénario plus que pessimiste. Sa présidente, Christine Lagarde, indique que ses prévisions incluent “une coupure totale de gaz russe”, presque achevée avec la récente fermeture du gazoduc Nord Stream. « La crise de l’énergie érode le pouvoir d’achat des ménages et pèse sur la production. Les indicateurs de confiance ont fortement chuté », a-t-elle encore détaillé. En conséquence, « les chiffres attendus pour 2023 sont significativement plus faibles concernant la croissance, et plus élevés concernant l’inflation ».

Le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, va dans ce sens, en appuyant sur le fait que “le risque est principalement de chiffres encore moins bons”. Cela est principalement dû à l’instabilité géopolitique du continent dont l’évolution de la guerre en Ukraine reste encore imprévisible.

 

La COP 27 : mais qui donc fournit des efforts ?

Dans un contexte de bouleversement de l’équilibre climatique, marqué par la canicule et ses corollaires (aridification des terres, réchauffement climatique, stress hydrique, incendies, déluges, …) ainsi que par la montée des eaux qui toucherait 250 millions de personnes d’après Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, la 27e conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP27) se tient à Charm El-Cheikh, en Égypte, du 6 au 18 novembre 2022 afin de faire le point. Point intéressant d’ailleurs, avec une présidence africaine, car la justice climatique sera au cœur des débats.

C’est pourquoi Emmanuel Macron, dans son discours à la COP a assuré retrouver la promesse faite en 2009 à la COP15 de Copenhague, selon laquelle 100 milliards d’euros seraient versés aux pays du Sud chaque année. Ces fonds ont en réalité atteint la somme de 83,3 milliards en 2021 et d’après Oxfam, ils seraient à 70% sous la forme de prêts, contraignant les débiteurs à se préoccuper autant de l’environnement que de leurs créanciers. En effet, il s’avère que les conséquences du changement climatique -nécessitant bien d’autres coups de pinceaux pour en faire le portrait- impactent en premier lieu les pays les moins riches, et cette COP est l’occasion pour ces pays de se faire entendre. Vendredi, Joe Biden, qui a rejoint la COP tardivement à cause des midterms, a annoncé, en sus de se féliciter pour les 370 milliards débloqués par le Congrès pour des réformes environnementales, un doublement des financements pour l’adaptation des pays pauvres aux changements climatiques, qui passe alors à 100 millions et 150 millions en plus, débloqué spécifiquement pour l’Afrique.

La Chine aussi annonçait, dans un discours flou et non chiffré, être prête à assumer des « réparations climatiques » et donc indemniser les pays pauvres touchés par les changements climatiques. Cependant, la Chine et les Etats-Unis respectivement premier et deuxième plus gros pollueur au monde, se sont vus être opposés leur manque de dialogue sur la question. Depuis la visite de Nancy Pelosi, présidente de la chambre des représentants à Taïwan, les États-Unis ont brisé le pacte tacite avec la Chine autour de la question taïwanaise, jetant un froid sur leurs relations pourtant déjà glaciales. La communauté internationale, et notamment l’Europe, leur reproche cette froideur diplomatique dans un monde ou les pôles fondent déjà. En réponse, les deux dirigeants discuteront à la marge du sommet du G20 qui se tiendra à Bali, en Indonésie le 15 et 16 novembre.

 

Le blé, simple question de blé ?

Le vendredi 22 juillet 2022, alors que la guerre faisait rage depuis exactement 5 mois et ravageait les exportations du blé ukrainien, qui représentent avec les exportations russes un tiers des exportations mondiales de blés, un accord quadripartite entre l’Ukraine, la Russie, la Turquie et l’ONU a été signé. Cet accord permet aux producteurs ukrainiens d’exporter leur blé bloqué dans les ports de la mer Noire, sous l’inspection d’un pays tiers, la Turquie, et seulement si les sanctions de l’Union européenne et des Etats-Unis ne concernent ni les engrais, ni les céréales.

Au début du mois de novembre, la Russie a annoncé mettre fin à l’accord, sous prétexte que le couloir maritime créé à l’occasion puisse servir à attaquer les ports en mer Noire. Cette décision unilatérale s’appuie sur les frappes de drones marins, non revendiquées par l’Ukraine, à destination de la flotte russe stationnant dans la baie de Sébastopol, en Crimée. Ces exportations de blé menacent directement la sécurité alimentaire du monde et plus précisément de l’Afrique. En effet, l’offre de blé ne permet pas de satisfaire la demande mondiale, dont les pays les plus fragiles restent en Afrique. D’après le Programme Alimentaire Mondial (PAM), 45 millions de personnes supplémentaires seraient exposées à “une faim aiguë” depuis le début de la guerre.

L’alternative qui se développe, en parallèle des négociations pour revenir dans l’accord des céréales, est celle d’un déportement des exportations vers l’Union européenne via la Roumanie et la Pologne. Mais la question des infrastructures est cruciale pour transporter les denrées. Le 11 novembre, dans une interview à Radio France International (RFI) le ministre ukrainien de l’Agriculture, Mikola Solsky, disait « nous sommes toujours en négociations avec l’Union européenne afin de faire financer la construction de ces infrastructures. Des entreprises privées essaient également d’investir dans ces projets dans la mesure du possible, vues les circonstances. À notre frontière occidentale, nous exportons désormais plusieurs millions de tonnes ». Cette route, indispensable actuellement pour les débouchés ukrainiens, pourrait être à terme une véritable opportunité d’intégration au marché européen.

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