Que s’est-il passé en Europe cette semaine? (du 14 au 20 novembre)

Articles par Luana Humblot et Marjorie Cioco

Missile tombé en Pologne : vers une escalade des tensions ?

Le 15 novembre dernier en Pologne, un missile est tombé dans le village de Przewodow, faisant deux morts. Le lieu étant proche de la frontière avec l’Ukraine, cet événement pourrait causer une entrée en guerre des pays de l’OTAN au vu de la situation russo-ukrainienne.  La Pologne a directement porté son accusation vers la Russie car elle bombarde fréquemment l’Ukraine à leurs frontières. Le président ukrainien dénonce aussi une agression russe. Cependant, les autres pays d’Europe occidentale ne sont pas persuadés que le missile provienne de la Russie et ne préfèrent pas se hâter à cette conclusion, expliquant qu’il pourrait s’agir d’un tir de défense ukrainien qui aurait atterri involontairement en Pologne.

Après une réunion d’urgence des membres du G7, Joe Biden affirme que « cela semble improbable qu’il ait été tiré depuis la Russie ». Volodymyr Zelensky, qui reste ferme dans son accusation envers la Russie, nie une possible responsabilité ukrainienne mais il attend le résultat des recherches.

Alors que l’enquête est toujours en cours pour confirmer la provenance du missile, la Pologne et les dirigeants occidentaux pensent qu’il existe un grand problème de défense antimissile en Pologne, ce qui explique qu’elle n’ait pas pu arrêter le tir.

La question de la responsabilité du dirigeant ukrainien est aussi posée par les autres pays européens de l’est, qui ne comprennent pas pourquoi il contredit l’OTAN et n’assume pas cet acte involontaire de l’armée ukrainienne. Selon les dirigeants occidentaux, même si l’enquête montre que le tir est ukrainien, le véritable coupable reste la Russie qui envoie régulièrement des missiles en Ukraine, forçant le pays à se défendre et utiliser ses tirs de défense anti-aérienne. La question de donner à l’Ukraine une solide défense antimissiles est donc remise en avant. En octobre dernier, l’Allemagne a signé un accord avec 14 pays de l’OTAN sur la défense aérienne en excluant la France et la Pologne. Cette décision est mal vue par ces pays qui pensent qu’il est d’abord nécessaire de doter l’Ukraine d’un système anti-missile compte tenu de la guerre qui sévit actuellement.

Chaque nouvel événement aux frontières de l’Ukraine montre une possibilité d’escalade de la guerre. Les pays proches territorialement de l’Ukraine sont aussi en proie au risque de subir des bombardements russes, et d’apparaître dans le conflit russo-ukrainien.

Une escalade des sanctions de l’UE en réponse à celle des répressions du régime iranien

Cela fait maintenant plusieurs mois que les manifestations iraniennes persistent depuis la mort de Masha Amini le 16 septembre, 3 jours après son arrestation pour port du voile inapproprié. D’abord parties du Kurdistan iranien (ville natale de Masha), ces manifestations se sont ensuite propagées dans tout le pays réprimant avec fermeté, le régime islamique des mollahs mis en place depuis 1979. Selon Iran Human Right, une organisation non gouvernementale, 15 000 personnes ont déjà été arrêtées et 342 manifestants tués à ce jour (18/11/2022). Le bilan ne cesse d’augmenter face à la forte répression du régime. 

Selon le courrier international, “la plupart des dirigeants européens ferment les yeux sur ce qui se passe en Iran” malgré quelques condamnations internationales et des déclarations de soutien aux manifestants. Ce silence occidental s’est estompé légèrement par le gel de l’UE, le mois dernier, des avoirs “des responsables de la police des mœurs, des Gardiens de la révolution et du ministre des Technologies de l’information iranien”. Ce lundi 14 novembre, l’UE étend ses sanctions contre 29 dirigeants iraniens supplémentaires en réponse au jugement iranien rendu dimanche, la veille. En effet, le pouvoir judicaire a condamné, parmi les manifestants arrêtés, un homme à la peine de mort et d’autres à de la prison, ce qui n’a pas plus à l’UE et aux défenseurs des droits de l’Homme. Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, a également promis “d’autres mesures si nécessaires”.  

La liste des personnes et des entités sujets aux mesures restrictives de l’UE comprend désormais 126 personnes et 11 entités. Les sanctions font principalement l’objet d’une interdiction de pénétrer sur le territoire de l’UE et d’un gel des avoirs. Ce gel interdit tout citoyen ou entreprise membre de l’UE d’apporter des fonds, aux personnes ou entités inscrites sur la liste. On retrouve également une interdiction d’apporter du matériel pouvant être utilisé pour la répression interne.  L’UE exige un arrêt immédiat de la répression violente, une libération des manifestants et assure une liberté de communication totale, notamment par internet. Ce dernier point faisant écho à la coupure Internet qu’a subi le pays en septembre. Suite à cet évènement, Issa Zarepour et Naser Majid, respectivement ministre des Technologies de l’information et des Communications iranien et chef de la cyberpolice ont été ajoutés à la liste pour leur rôle dans ces restrictions d’accès à Internet. 

Ces annonces ont naturellement suscité des réactions en Iran, dénonçant une “ingérence dans les affaires internationales”. La presse iranienne qualifie même Macron de “clown de l’Elysée” suite à l’annonce de son soutien aux manifestants que la presse iranienne désigne comme étant une promotion de la “violence et du terrorisme”. Le président Français n’est pas le seul dirigeant européen critiqué par la presse officielle d’Iran. Dans ce climat tendu entre Iran et puissances occidentales l’UE parviendra-t-elle à désamorcer la situation ?

 

Elections présidentielles en Slovénie : un gouvernement plus libéral

(JURE MAKOVEC / AFP) – FranceinfoTV

Le dimanche 13 novembre 2022 s’est déroulé le deuxième tour des élections présidentielles en Slovénie, un jour historique pour le pays car c’est la première fois qu’une femme, en l’occurrence Natasa Pirc Musar, est élue à la tête de la présidence slovène. L’élection opposait le candidat conservateur Anze Logar, ex-ministre des Affaires étrangères et en tête du premier tour, à la candidate indépendante Natasa Pirc Musar, ex-présentatrice de télévision et avocate. Les intentions de vote se sont élevées à 54% pour la candidate, avec un taux de participation de la population à 53%. L’ancienne avocate s’est présentée sans parti aux élections mais se définit comme libérale. Elle insiste sur sa volonté d’unification du pays dans un contexte de conflits, après plusieurs manifestations pendant le mandat de l’ancien premier ministre Janez Jansa. Celui-ci est considéré comme eurosceptique, ultraconservateur et grand allié de Viktor Orban, premier ministre hongrois. En 2021, de grandes manifestations ont éclaté dans le pays, réclamant le départ de Janez Jansa, accusé d’être trop autoritaire. Ces événements avaient été mal accueillis par l’Union européenne car ils ont eu lieu un mois avant la prise de la présidence de l’Union par la Slovénie.

La fonction de président de la République en Slovénie est symbolique car c’est le chef de gouvernement, le premier ministre, qui est le véritable chef du pouvoir exécutif dans un régime politique parlementaire. La nouvelle présidente veut avoir un rôle plus fort contrairement à son prédécesseur Borut Pahor qui selon elle était passif envers le premier ministre.

La Slovénie arbore un gouvernement plus libéral en 2022 après l’élection de Rober Golob, chef de “Mouvement pour la liberté”, un parti vert libéral, et la nouvelle présidente. Les deux sont pro-européens et montrent leur confiance envers l’Union européenne, souhaitant s’unir pour défendre les valeurs démocratiques. C’est un véritable contraste avec l’ancienne politique slovène qui commençait à devenir une dérive autoritaire avec un chef de gouvernement eurosceptique et populiste. Ce nouveau tournant assure les bases d’une nouvelle relation avec l’Union européenne.

 

Contexte tendu au G20 en Indonésie : Macron tente un rapprochement vers Xi Jinping

Du 15 au 16 novembre a eu lieu la 17ème réunion du Groupe des Vingt à Bali. Le G20 est un forum intergouvernemental composé de dix-neuf pays aux économies les plus développées et de l’Union européenne. D’autres pays comme l’Espagne ou l’Ukraine y ont également été conviés cette année en tant qu’invités. 

Résilience économique post-covid et condamnation de la guerre en Ukraine sont les deux sujets primordiaux abordés lors de ce forum au climat tendu. En effet, de nombreux pays comme les Etats-Unis, souhaitaient depuis plusieurs mois le retrait de la Russie au G20 2022 alors que d’autres, à l’instar de la Chine, ont justifié sa présence estimant qu’aucun membre ne pouvait retirer le droit de présence à un autre. L’Indonésie, hôte de cette réunion, n’a également pas cédé à la pression occidentale voulant rester neutre face aux deux blocs, une situation faisant étrangement écho à la conférence de Bandung de 1955 en Indonésie. Finalement, Vladimir Poutine ne s’est pas rendu au sommet et a laissé son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, diriger la délégation russe à sa place.  

(Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

A l’issue de cette réunion, les pays membres se sont félicités d’avoir réussi à publier un texte commun sur la condamnation ferme de cette guerre par la “plupart” des Etats, annonce le journal Europe1. Communiqué conjoint qui n’a pas su voir le jour aux précédentes réunions ministérielles du G20 en raison de différends sur cette même guerre. E. Macron s’est d’ailleurs exprimé sur ce dernier point ; une annonce qui a fait du bruit au sein de la presse internationale. En effet, lors d’une courte entrevue de 43 minutes avec le président Xi Jinping durant le sommet, le président Français a émis le souhait d’un changement de la politique chinoise face à la guerre en Ukraine. Par cette approche non conflictuelle, il voudrait que Pékin joue plus un rôle de “médiateur” dans cette guerre alors que la Chine n’a à ce jour pas “officiellement condamné l’agression russe”. Pourtant, E. Macron se dit “convaincu de la sincérité” du Président Chinois.  De plus, le président Français a annoncé une visite début janvier 2023 en chine ce qui fait écho à celle d’Olaf Scholz début novembre, qui n’avait pas souhaité de visite commune avec les pays de l’UE. Visite qui a suscité de nombreuses critiques de la part des ces derniers il y a quelques semaines, lui reprochant de faire “cavalier seul”. Politico, un journal américain, titre “Avec la réapparition de Xi, l’Europe est à nouveau la proie des tactiques diviser pour régner de la Chine”, craignant ainsi que les puissances occidentales ne fassent pas assez bloc face à la chine en traitant séparément avec cette dernière. 

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