Le chaos politique en Espagne : une crise sans solution miracle

Hier soir le Partido Popular  (PP) de Mariano Rajoy a remporté les nouvelles élections générales, et a même réussi l’exploit de surpasser les résultats obtenus en décembre dernier. Toutefois, l’incertitude persiste concernant la formation du nouveau gouvernement. Le panorama politique demeure le même que celui des dernières élections il y a six mois : le blocage est toujours d’actualité puisqu’aucun parti n’a obtenu la majorité des voix nécessaires pour s’imposer comme force majeure dans la vie politique espagnole.

Contre toute attente, le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) résiste et se maintient comme la deuxième force politique, face à l’échec de l’alliance entre Podemos et Izquierda Unida (IU), qui n’arrivent pas à prendre la place des socialistes comme principaux opposants aux centristes de Rajoy. Contrairement aux élections de 2015 – où si l’on somme les voix obtenues par les deux partis ; Podemos et IU surpassaient les résultats des socialistes de Sanchéz – hier, la coalition des deux forces de gauche à fracassé puisque, ensemble, elles ont perdu près d’un million de voix. L’échiquier politique qui se forme après ces élections est semblable au précédent, mais cette fois avec un PP plus fort et un bloc de gauches plus fragile. C’est la troisième victoire électorale de Mariano Rajoy , qui parvient à obtenir 137 députés et sort renforcé après six mois d’instabilité gouvernementale, tâchée par les scandales de corruption et par l’ascension des nouveaux acteurs politiques : Podemos et Ciudadanos. Pour gouverner, il devra cependant conclure des accords, rendus impossibles par ses adversaires politiques en décembre dernier.

L’instabilité gouvernementale persiste

169 députés obtenus par  PP et son potentiel allié, Ciudadanos, ne suffira pas à Rajoy pour gouverner sans négocier avec les partis souverainistes ou le PSOE. Ce dernier, bien que deuxième force politique, obtient pour la troisième fois consécutive ses pires résultats dans des élections législatives, avec 4 députés en moins qu’en décembre mais avec un meilleur pourcentage de voix. En réalité, la rude épreuve pour Pedro Sanchéz au cours de ces élections était de ne pas être dépassé par la coalition de Podemos et IU. Pablo Iglésias ne peut aspirer à prendre la tête des négociations pour former un nouveau gouvernement, et devrait compter sur une coalition avec les socialistes s’il espère encore accéder au gouvernement.  La coalition Unidos Podemos s’était dressée après beaucoup de résistance des partisans souhaitant une transversalité des deux partis,  notamment dans le camp d’Alberto Garzón.

Quel avenir pour l’Espagne ?

Le Congrès restera fragmenté par la disparité des partis politiques et la résistance du bipartisme bien qu’aucune force politique ne puisse gouverner sans alliances. Le PSOE demeure la force d’opposition la plus solide, c’est pourquoi Rajoy et Iglésias demanderont à Sanchéz de négocier un futur gouvernement, à l’image de ce qui s’était produit en décembre dernier. Les socialistes ont un choix à faire : soit ils laissent les populares de Rajoy accéder au gouvernement, soit ils négocient avec Unidos Podemos..Dans ce cas il serait plus difficile de négocier à leur tour avec les indépendantistes. Au sein même du PSOE, une alliance avec l’autre grand parti de la gauche espagnole fait débat et un comité fédéral organisé par les socialistes aura lieu dans la semaine pour décider d’un éventuel pacte qui pourrait être accordé avec Podemos.

La situation résultant de ces élections semble la même qu’en décembre dernier : les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement s’annoncent longues et complexes et le bipartisme espagnol, mis à mal par l’avènement des nouveaux acteurs politiques, résiste mais semble une nouvelle fois incapable de remédier la situation.

Le nouveau parlement prendra ses fonctions le 19 juillet et c’est alors que le roi Felipe VI devra investir un chef politique pour que celui-ci forme son gouvernement. En attendant, la période des négociations est ouverte …

Par Joao Lobo


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