Maxime Verrier : “Il est temps d’écouter les gens qui ont grandi avec l’Europe”

Maxime Verrier, étudiant en Master 2 Pro à l’Institut d’Etudes européennes, s’est confié sur son parcours, son idée de l’Europe et ses attentes. Portrait d’étudiant.

On retrouve Maxime, un soir d’été, entouré d’amis. Il revient tout juste d’un an aux Etats-Unis. A seulement 22 ans, Maxime a déjà vécu un Erasmus, une année à l’étranger, et voyagé dans de nombreux pays. Mais il aime parler de Paris, cette ville qu’il connaît depuis petit. Cette ville, il l’a quitté de nombreuses fois, mais finit toujours par y revenir. Pourquoi doit-on aimer l’Europe? Qu’y a-t-il derrière cette Europe? Entretien entre rires et reproches.

D’où viens-tu ?

De Paris, 14ème arrondissement (rires)

(et ?)

Après le bac, j’ai fais une majeure histoire et une mineure allemand, entre Paris 7 et Paris 3. J’ai fais ça pendant deux ans, puis j’ai fais ma 3ème année en Erasmus à Berlin. Et j’avais quelques amies de la licence d’allemand qui avaient décidé de s’inscrire à la L3 d’études européennes de Paris 3 et c’est par elles que j’en ai entendu parler. J’ai décidé de tenter le coup en rentrant d’Erasmus, de faire à la fois une licence d’allemand et une licence d’études européennes. Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’engageais au début, je savais juste qu’après cette année en Erasmus, j’avais envie de travailler en relation avec l’Europe.

Ça m’a beaucoup plu. Puis j’ai eu l’opportunité de partir à nouveau à l’étranger, un an aux Etats-Unis pour mon master où j’étais à la fois étudiant et assistant de français. Et pour moi, c’était un peu la suite logique de m’inscrire dans le M1 d’études européennes et pas nécessairement dans un autre M1, j’avais pensé à la linguistique mais je me suis dis que ce serait plus cohérent par rapport à mon parcours passé et futur. Je suis maintenant en M2 études européennes, officiellement en parcours pro, mais je me laisse la possibilité de passer en recherche.

Qu’est-ce qui t’attire dans l’Europe ?

Qu’est-ce qui m’attire dans l’Europe ? C’est une question assez large en fait. Il n’y a pas quelque chose qui m’attire, c’est que je n’ai pas le choix en fait, je suis Européen, je suis Parisien, je suis Français. Je suis citoyen français, par là même je suis citoyen européen. Ce n’est pas un choix, ce n’est pas quelque chose qui m’attire, c’est quelque chose dans lequel je suis baigné. Et je pense que le fait d’étudier l’Europe, c’est plus une volonté d’être conscient de choses qui existent, et qui existent que je m’y intéresse ou pas. C’est plus la volonté de connaître ce qui m’entoure, de savoir comment fonctionne ce système européen, qui pour moi, pour le coup représente l’avenir. L’intégration européenne, pour moi c’est l’avenir du continent et de ses populations. Dans les études européennes, ce qui m’attire c’est de connaître ça, éventuellement pour plus tard mettre ma pierre à l’édifice dans ce projet, mais c’est un peu ambitieux.

Avant je pensais à l’Europe comme une idée. C’est vrai que j’aimais beaucoup l’Europe, je m’intéressais à la politique déjà. Je me sentais assez Européen parce que Français. Et l’Erasmus m’a beaucoup plus soudé avec cette idée de partage avec les autres gens du continent. Les voyages que j’ai pu faire durant mon année d’Erasmus, les personnes que j’ai pu rencontrer, qui venaient des quatre coins de l’Europe. Ça m’a conforté dans l’idée qu’en fait, on a vraiment quelque chose en commun, ou en tous cas qu’on peut avoir quelque chose en commun. Il ne s’agit pas de reconnaître seulement ce qu’on a eu en commun dans le passé, mais aussi de voir ce qu’on peut construire tous ensemble dans l’avenir. C’est aussi pour ça que je suis pour une intégration assez élargie, dans l’idéal – après il faut tenir compte des circonstances. Et donc c’est vrai que l’Erasmus ça a été un déclic… C’était l’année des élections européennes, j’étais à Berlin à ce moment-là et j’ai décidé de m’inscrire en tant que citoyen européen sur les listes électorales allemandes. Donc le fait d’être citoyen français, d’avoir ma famille qui vit en France, d’être amené à retourner en France quelques mois plus tard, mais de voter sur les listes allemandes, ça a tout de suite donné une dimension beaucoup moins nationale aux élections européennes pour moi, mais beaucoup plus européenne. Je me suis tout de suite dit : “là je ne vais pas voter pour tel parti dans la politique allemande mais le vote que je vais faire va avoir un impact au niveau européen, vraiment”.

Mais j’ai été un peu déçu, par exemple, pendant la campagne que je suivais en Allemagne, que les affiches de campagne pour le parti chrétien-démocrate, le parti d’Angela Merkel représentaient Angela Merkel qui pourtant n’était pas candidate. Elle était représentée sur les affiches en grand parce que c’était la chef nationale du parti. Martin Schulz, pendant la campagne, a dit dans plusieurs journaux allemands ou dans la presse : « votez pour moi parce que je suis Allemand, vous pouvez me faire confiance ». Et de ça, c’est vrai, j’ai été très déçu parce que c’est justement raviver la fibre nationale alors que l’idée de l’Europe pour moi, c’est pas de supprimer l’idée nationale ou de supprimer la nation, mais c’est de supprimer la prépondérance de la nation, sur l’individu et sur les communautés.

Et, justement, qu’est ce que tu reproches à cette Europe ?

Plusieurs choses. J’ai étudié l’histoire, alors je pense que ça va être un cheminement historique. L’Europe dans un premier temps, celle des pères fondateurs, était une Europe assez idéaliste, assez utopiste. Même si moi je partage beaucoup de points de cette utopie, c’était une Europe utopique, mais en même temps pragmatique. C’était quelques années après une guerre fratricide entre les peuples européens, alors les pères fondateurs savaient qu’ils ne pouvaient pas se baser sur l’appui des peuples pour construire cette Europe, mais qu’il fallait justement encourager les peuples à s’aimer en construisant l’Europe.

Mais là on en est à un point, on est deux générations plus tard, voire trois générations plus tard, c’est plus la même circonstance. Ces gens sont nés, ont grandi avec l’Europe, et je pense que maintenant il est temps de les écouter. C’est quelque chose qui n’a pas été fait suffisamment. Depuis les années 70 on aurait pu écouter les gens. Alors c’est vrai il y a eu le Parlement, mais le Parlement a toujours des pouvoirs assez limités, même si croissants… ça reste des pouvoirs assez limités par rapport à la Commission… On ne laisse pas assez la parole aux peuples… Ce qui pour moi est une cause de la montée de l’euroscepticisme. Et aussi, le pouvoir est trop accordé sur la base du pouvoir économique, financier. Notamment avec les groupes de pression, les lobbies dont les voix sont entendues en proportion à ce qu’ils peuvent apporter, en proportion à leur poids sur le marché ! C’est quelque chose que je regrette profondément : l’orientation néo-libérale qu’a pris l’Europe depuis les années 80. En particulier, les réformes néo-libérales des nouvelles gauches européennes dans les années 90.

Est-ce-que tu peux nous raconter une expérience qui t’a marqué dans l’année qui vient de s’écouler ?

C’est compliqué ça… Ohlala (rires). C’était une année qui était pleine d’expérience. Mon expérience aux USA, en soit, ça peut être une expérience en elle-même. Une petite anecdote… qui m’a marqué. C’était mon premier jour aux Etats Unis, j’avais fait une soirée de départ, le lendemain matin je travaillais à 7h, je finissais vers 15h et j’ai décollé à 19h. Huit heures d’avion. Je devais rejoindre des amis qui avaient réservé un AirBNB. J’arrive très tard… C’était assez chaud ! On était dans un quartier un peu… un peu difficile. Je ne sais pas si vous connaissez le jeu GTA, mais ça m’y a fait penser. J’arrive devant l’immeuble, il était 2h du matin. Mon ami avait essayé de me joindre, mais il ne pouvait pas, je n’avais pas de réseau ni rien. Et je vois que la vitre de l’immeuble était cassée, impacts de balles… Mes amis m’ouvrent… L’appart était sympa… on va se coucher. 7h du matin ! BAM BAM BAM je me dis, tiens c’est marrant ça me rappelle GTA et tout… on entend des gens qui crient, « quelqu’un s’est fait tuer ». Et en fait, quelqu’un venait d’être abattu en bas de l’immeuble… C’était ma première nuit aux Etats-Unis. C’est un peu emblématique de ce à quoi je m’attendais pour le coup sur les Etats-Unis. J’arrivais à New-York, c’est vrai j’allais voir la Statue de la Liberté, et j’ai aussi vécu l’expérience de Brooklyn, avec quelqu’un qui s’est fait tuer en bas de chez nous. Pour le coup… je pense, que c’est assez révélateur des failles de cette société américaine, qui a énormément de succès, qui est la première puissance mondiale, mais qui est en même temps rongée par les inégalités, le racisme et la violence dans certains quartiers.

Ça rejoint une seconde expérience, que j’ai vécue il y a quelques mois. J’ai travaillé pour aider une communauté à Détroit, la ville la plus pauvre des Etats-Unis, pour aider une association qui s’occupe de jeunes enfants, noirs en majorité, défavorisés, et ça m’a un peu confronté à la vraie vie. Aux Etats-Unis, j’étais toujours dans ma fac, qui était une fac très chère, plongé dans mes livres. Ici, j’habite à Paris, dans l’ensemble je suis assez peu confronté à ce genre de milieu. Ce sont des gens qui ne sont pas conscients de la politique… Je pense qu’il y a deux défis, essayer de les ouvrir à la politique, mais aussi essayer d’ouvrir la politique à ces gens là.

Tu as une baguette magique, tu peux avoir le poste de tes rêves, que fais-tu ?

Bah moi, vous savez… Empereur ! (Rires) Non, non le poste de mes rêves, pourquoi pas empereur… Non juste, je sais pas, en fait… Ce que je veux c’est avoir un poste dans le cadre d’un Etat qui regroupe le monde entier. Parce que pour moi, les divisions étatiques, ça n’a aucun sens et je suis assez partisan d’un gouvernement international, déjà ce serait dans ce cadre-là. Et, éventuellement, un poste dans la culture, dans la protection des langues, dans l’interculturel, l’évènementiel… des choses comme ça.

Propos recueillis par Marie Heckenbenner

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