Le Monténégro, un bon élève encore loin de l’adhésion

Jeune pays en Europe, le Monténégro postule depuis plusieurs années à une entrée dans l’Union européenne. Malgré un contexte général ne jouant pas en faveur de futurs élargissements, le pays multiplie les efforts pour arriver à son but.

Longtemps sous domination yougoslave, puis coincé avec la Serbie, le Monténégro a depuis longtemps montré des gages de soutien à la construction européenne. Aujourd’hui pleinement indépendant, le pays se verrait bien devenir un nouveau membre de l’UE. Mais malgré des efforts indéniables, la route reste encore longue pour un État considéré comme un bon élève parmi les candidats actuels à une adhésion.

Une indépendance reconnue par l’Union européenne

Depuis son indépendance de la Serbie proclamée en 2006 par voie de référendum, le Monténégro est l’un des plus jeunes pays d’Europe. Reconnu dans la foulée par l’Union européenne, il signe différents accords dans les mois qui suivent. En octobre 2007, un accord de stabilisation et d’association est conclu entre le jeune pays et l’Union européenne. L’année suivante, en décembre 2008, le premier ministre d’alors, Milo Djukanovic, remet officiellement une demande d’adhésion. En 2010, le Conseil européen reconnaît le Monténégro comme candidat à une adhésion, et entre temps, l’obligation de visa pour les citoyens monténégrins souhaitant se rendre en Europe a été levée. En à peine quatre ans d’existence officielle, le pays a franchi une à une les étapes le rapprochant de l’Union européenne.
Malgré tout, cela ne voulait pas dire que le Monténégro était en réalité proche d’une adhésion concrète. Impossible d’effacer en si peu de temps une absence presque totale d’État de droit tel que demandé par l’Union européenne, ou encore de se relever d’une crise économique qui avait fortement secoué le pays en 2008 et donc ralenti les réformes économiques nécessaires.

Bon élève mais des réformes à deux vitesses

Depuis sa demande d’adhésion, le Monténégro tente de se conformer aux exigences européennes, avec plus ou moins de succès selon les secteurs, mais souvent avec une volonté indéniable.
Dans le domaine de la justice, le chemin est encore long. L’Union européenne a toujours souligné les réformes impératives que doit mener le pays pour éradiquer le crime organisé et la corruption au sommet de l’État. Ce sujet est sans doute ce qui retarde aujourd’hui le plus le Monténégro dans l’avancement des négociations avec l’Union européenne. Car dans le domaine économique, si le pays a été fortement touché par la crise de 2008, il s’est depuis relevé et a renoué avec la croissance. Sous la coupe du FMI notamment, le Monténégro a appliqué les recettes classiques de l’institution monétaire : une réduction de la dette publique, des réformes de compétitivité et une flexibilité accrue du marché du travail. Le Monténégro a également un avantage, il s’appuie sur deux secteurs performants depuis longtemps, et un nouveau qui a pris son envol il y a quelques années. L’agriculture et l’industrie de l’aluminium, qui représentent à eux deux environ 55% du PIB, sont des domaines sur lesquels le pays peut compter. Dans le même temps, le Monténégro profite aussi du tourisme de plus en plus en vogue sur la côte adriatique, comme c’est le cas pour la Croatie depuis déjà plusieurs années.
Ainsi, conscient de son potentiel, le Monténégro a su en tirer profit pour relancer son économie, bien qu’encore fragile du fait d’un manque de diversification qui pourrait lui être préjudiciable à l’avenir.

L’adhésion : un objectif loin d’être atteint

Bien avant son indépendance, le Monténégro affichait sa volonté de rapprochement avec les institutions européennes.
Ainsi, lors de l’épisode des sanctions infligées par l’Union européenne à la Russie à l’occasion de la guerre dans l’Est de l’Ukraine, le Monténégro s’est aligné sur la position de l’UE. Un pays comme la Serbie, également candidat à l’adhésion, avait refusé d’appliquer ces sanctions. Autre signe de rapprochement, l’utilisation de l’Euro comme monnaie depuis son indépendance. Cependant, ne faisant pas partie de l’Union européenne, le Monténégro n’est donc pas membre de la zone euro, ce qui l’empêche de frapper sa monnaie et d’avoir un quelconque pouvoir dessus.

Le pays reste cependant divisé sur la question russe et l’opposition entre les deux principaux partis se situe ici. Au cours des élections législatives d’octobre 2016, le Parti des démocrates socialistes arrive en tête. Pro-européenne, la majorité au pouvoir doit cependant faire face à une opposition grandissante, notamment de la part du parti pro-russe, Front démocratique. Une opposition qui, en plus de contester le rapprochement avec les institutions occidentales, s’appuie également sur la personne même du nouveau premier ministre, Dusko Markovic, qui est au pouvoir malgré de nombreuses accusations de corruption. Un point noir dans la volonté d’assainissement de la vie politique monténégrine.

Aujourd’hui, des cinq candidats officiels à une adhésion (Albanie, Macédoine, Serbie et Turquie), le Monténégro semble être l’un des plus sérieux candidats. Malgré tout, l’hypothèse de voir ce jeune pays intégrer l’Union européenne à court ou moyen terme est plus qu’hypothétique. D’une part, Jean-Claude Junker, actuel président de la Commission européenne, a déclaré qu’aucun nouvel élargissement n’était envisageable sous son mandat. Mais surtout, certaines réformes, en particulier judiciaires, sont loin d’être abouties, et dans le contexte actuel, l’Union européenne ne prendra sans doute aucun risque en intégrant un pays qui n’offre pas les pleines garanties. Certains n’hésitent d’ailleurs pas aujourd’hui à critiquer ouvertement des élargissements qu’ils estiment avoir été trop précipités, en particulier celui de 2004.
L’Europe à 27 et pas plus semble donc avoir encore de longues années devant elle.

Corentin Gorin

Ex-rédacteur en chef d'Eurosorbonne.

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