Brexit : un impact finalement limité pour la sécurité européenne

Du 14 au 16 février 2020, s’est tenue la 56ème Conférence de Munich où près de 800 acteurs privés et publics mondiaux de la défense, de la diplomatie et de la communauté du renseignement se sont réunis. Sur la thématique de la perte d’influence progressive de l’Occident face au reste du monde, la conférence a tenté d’apporter des réponses au déclin de l’Europe et plus largement de l’Occident.

Aujourd’hui au cœur des négociations entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni, l’impact du Brexit sur la sécurité et la défense européenne s’avère finalement mineur.

Lors de ces deux jours de conférence, le Ministre des affaires  étrangères français, Jean-Yves Le Drian, s’est exprimé sur la problématique des enjeux de la sortie du Royaume-Uni de l’UE pour la question sécuritaire et a jugé qu’il fallait « [prendre] acte de nos intérêts communs » entre Européens et Britanniques. Pour cela, il a rappelé qu’à toutes les échelles, par des actions bilatérales franco-britanniques, via des « coalitions spécifiques sur des interventions que nous pourrions avoir ensemble », ou à travers l’Otan, le Royaume-Uni et l’UE se doivent de continuer à avancer ensemble et de développer leur coopération. Le Ministre a ainsi rappelé que Le Royaume-Uni n’est absolument pas radié des stratégies sécuritaires européennes, en mentionnant notamment que 2020 marquait les dix ans de la signature des accords de Lancaster House portant sur le renforcement de la coopération militaire franco-britannique en matière de défense.

Ce rappel français s’impose comme une réponse nécessaire aux inquiétudes récentes quant à l’avenir des relations qu’entretiendra le Royaume-Uni avec les vingt-sept. À l’issue du référendum britannique du 23 juin 2016 favorable à la sortie de l’UE, la forme que prennent les nouvelles relations entre les deux entités reste encore incertaine sur certains sujets. Les conséquences sont considérables tant pour Londres que pour Bruxelles, qui se voit amputée d’une puissance au sein de l’Union à tous les points de vue. La période de négociations que nous vivons depuis cette date met en avant les nombreuses incertitudes sur les termes du divorce mais aussi sur la redéfinition des accords futurs entre les deux alliés.

Au-delà de la perte économique, budgétaire et politique (le Royaume-Uni faisait siéger 73 députés britanniques au Parlement européen, se plaçant troisième pays après l’Allemagne et la France) qu’entraine ce départ inédit, le Brexit pose la question d’une amputation stratégique et géopolitique : le Royaume-Uni est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et représentait avec la France une des grandes puissances nucléaires de l’espace européen. La France se retrouve alors la seule détentrice de l’arme nucléaire dans l’UE à vingt-sept, dont la force diplomatique et de dissuasion nucléaire en pâtit fortement.

La déclaration prometteuse sur la défense européenne signée en 1998 par le Premier ministre de l’époque, Tony Blair, visant à promouvoir la « capacité autonome d’action » de l’UE en matière de sécurité et « l’engagement de défense collective » des États-membres semble loin aujourd’hui : depuis sa signature, l’immobilité de l’Europe de la Défense est constatée par de nombreux observateurs. Les vingt-huit n’ont pas su lancer de véritables politiques coordonnées en matière de sécurité.

Malgré cet échec partiel, la sortie du Royaume-Uni de l’UE aura des conséquences sur la sécurité européenne, particulièrement sur les accords bilatéraux franco-britanniques dans les années à suivre.

Des craintes légitimes face à l’avenir de la sécurité européenne

Les dirigeants européens avaient dès 2016 exprimé leur crainte face à l’influence du Brexit, notamment en matière de lutte antiterroriste. Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense sous François Hollande écrivait dans une tribune au Telegraph la veille du référendum que « l’Europe sera plus forte avec le Royaume-Uni, et le Royaume-Uni sera plus sûr et plus influent s’il reste avec nous ». Le Premier ministre alors en poste au Royaume-Uni, David Cameron disait même un mois plus tôt qu’Al-Baghadi, chef de l’État Islamique, « se réjouirait » d’un Brexit qui éloignerait le Royaume-Uni du précieux partage d’informations sur les activités terroristes entre les pays membres de l’UE. De même, la coopération européenne au sein des agences Europol et Eurojust sera fermée aux autorités britanniques dès leur départ de l’Union. Il n’est également pas exclu que certains États-membres se montrent réticents à coopérer avec la justice britannique dans le futur (notamment dans le cas des extraditions de ressortissants).

C’est en effet le Royaume-Uni qui a le plus à perdre en matière de sécurité de sa sortie de l’UE en perdant alors tous les bénéfices des nombreux dispositifs européens.

Des conséquences minimes selon les domaines

Malgré cette nouvelle dynamique dans les relations entre les deux entités, le statut que le Royaume-Uni détenait en n’appartenant pas à l’espace Schengen réduit l’ampleur des conséquences. Le contrôle aux frontières reste ainsi inchangé. La coopération en matière de renseignement se fait principalement de manière bilatérale et sans structure européenne de coordination avec des pays tiers à l’UE comme les États-Unis ou des pays arabes. Les Britanniques savent donc qu’ils pourront toujours coopérer avec l’UE dans ce domaine, où l’entraide internationale s’impose comme nécessaire.

D’un point de vue militaire, ce départ ne bouleversera pas les opérations en cours : le Royaume-Uni a historiquement préféré engager son armée de manière bilatérale ou à travers l’Otan plutôt que sous l’impulsion européenne. Il ne participe que très peu aux opérations extérieures de l’UE et n’a par exemple déployé qu’un seul navire lors de sa participation en 2008 à l’opération Atalante lancée par l’UE dans le golfe d’Aden contre les pirates somaliens.

La coopération avec la France se maintiendra, notamment sur des terrains d’opération comme la Syrie, l’Irak ou dans la Corne de l’Afrique, où les deux pays agissaient indépendamment de l’Union.

De plus, l’Union européenne autorise les pays tiers à se joindre à elle lors d’opérations extérieures, ce que le Royaume-Uni pourra faire dès qu’il le souhaite. Par sa présence historique au sein de l’Otan, le Royaume-Uni garde également de fortes alliances politiques avec les États-membres de l’Organisation sur les questions sécuritaires. « le Royaume-Uni demeurera un allié fort et engagé de l’Otan et continuera à jouer son rôle dirigeant au sein de notre Alliance », a assuré dès le résultat du référendum, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan, soulignant que la position de Londres « restera inchangée » au sein de l’Otan.

Dans les faits, ce n’est donc pas la défense européenne qui souffrira le plus du Brexit, mais plutôt la coopération politique de la zone. L’UE reste un acteur mondial majeur dans le maintien de la paix internationale, et le Brexit ne fragilisera pas sa crédibilité. C’est plutôt sur la restructuration d’une stratégie commune et la mise en avant d’une voix unique que l’UE doit se concentrer afin de se maintenir au sommet des relations internationales.

 

par Aliénor Luquet de Courrier d’Europe.

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