Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (19.04-25.04)

Rédigées par Kristen Anger.

 

La «loi climat» européenne se précise, les critiques aussi

Conclu par les Vingt-Sept et le Parlement mercredi 21 avril après une longue nuit de négociations, le nouvel accord européen pour le climat acte l’ambition d’une réduction nette des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 55% d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. A cela s’ajoute l’adoption des premiers critères de la «taxonomie verte» européenne. Ce «système de classification des activités économiques durables» servira à orienter les financements vers «des projets et des activités économiques ayant une incidence positive notable sur le climat et l’environnement».

Mais selon l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint interviewée ce jeudi par Libération : «Les objectifs qui ont été actés ne sont malheureusement pas à la hauteur des enjeux […] L’accord passé est donc un trompe-l’oeil.» En effet, nombreux sont ceux qui regrettent la précipitation des négociations due à l’imminence du Sommet sur le climat organisé par Joe Biden les 22 et 23 avril. Réunissant en visioconférence 40 chefs d’États, l’UE ne voulait pas manquer l’occasion d’affirmer son leadership écologique. Mais finalement, les engagements ont déçu.

Les principales critiques dénoncent le caractère trompeur de l’annonce d’une baisse «nette» des émissions de GES qui signifie, en réalité, que ces dernières pourront être compensées par des «puits de carbone naturels». Autrement dit, les secteurs polluants pourront continuer à polluer à condition de participer à la reforestation… En termes réels, l’engagement pris est celui d’une baisse minimum de 52,8% des émissions brutes de CO2, un chiffre loin d’être suffisant pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Par ailleurs, l’UE ne s’est pas encore prononcée sur la place du nucléaire et du gaz fossile dans la taxonomie verte. Néanmoins, le Réseau Action Climat, anticipant la pression des lobbys, a mis en garde contre leur inclusion qui risquerait «de décrédibiliser cet outil [la taxonomie] et d’en faire un instrument de greenwashing pour les industries polluantes». 

Une médiation européenne réussie en Géorgie

Après un mois et demi de médiation européenne en Géorgie, le président du Conseil, Charles Michel, a annoncé lundi 19 avril la signature d’un accord entre le gouvernement géorgien et les partis d’opposition. Cette entente, qui prendra effet le 27 avril, met fin à la crise politique débutée à la suite des législatives d’octobre 2020, remportées de justesse par le parti Rêve géorgien, au pouvoir depuis 2012. Ce résultat contesté par l’opposition, qui dénonçait des fraudes, avait provoqué le blocage institutionnel du pays. 

Les observateurs internationaux avaient conclu à l’usage de pratiques de campagne souterraines, mais leur ampleur était limitée et selon eux, «les libertés fondamentales avaient été respectées». Au lendemain des résultats pourtant, l’opposition, qui réclamait un nouveau scrutin, avait refusé d’entrer au Parlement et les manifestations s’étaient multipliées à travers le pays.  

L’accord conclu ce lundi sous l’égide de l’UE donne des gages à l’opposition et prévoit une loi d’amnistie pour les manifestants écroués, qui sera présentée au Parlement dans les prochains jours. Avec le retour de ses membres, l’organe législatif va pouvoir reprendre son activité après sept mois de blocage. Néanmoins, le Mouvement National Uni, le principal parti d’opposition, a assuré qu’il ne rejoindrait les rangs du Parlement qu’une fois que son leader, Nika Melia, emprisonné pour avoir appelé à manifester contre le pouvoir, serait libéré. 

La résolution de la crise, qui s’est faite selon les mots de Charles Michel de «manière vraiment européenne» est une aubaine à la fois pour la Géorgie et pour l’UE. En effet, si la république du Caucase ne cache pas sa volonté d’adhérer à l’Union, les européens, eux, voient en ce rapprochement un moyen de gagner du terrain sur la Russie, dont l’influence en Géorgie est manifeste depuis les guerres de 2008 en Abkhazie et en Ossétie du Sud. 

Évolution des tensions avec la Russie 

Après des semaines de tensions entre la Russie et l’Ukraine, le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou, a annoncé jeudi 23 avril le retrait des troupes de la frontière ukrainienne, où elles s’étaient amassées depuis la fin du mois de mars. 

Bien que Moscou ait assuré qu’il ne s’agissait que de manoeuvres ordinaires, Kiev craignait l’invasion du Dunbass ukrainien et les ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis ce lundi 19 avril par visioconférence, redoutaient «un incident», tout en refusant néanmoins l’usage «de nouvelles sanctions» selon Josep Borell, le chef de la diplomatie européenne. Finalement, le retrait des forces russes vers leurs bases permanentes a débuté dès le vendredi 23 avril et devrait se prolonger jusqu’au 1er mai. 

Au même moment en Russie, le principal opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, a annoncé mettre un terme à sa grève de la faim, entamée il y a vingt-quatre jours pour dénoncer ses conditions de détention. Le régime russe ayant enfin accepté qu’il soit examiné par des médecins civils, ces derniers l’ont exhorté à cesser «immédiatement» son action, craignant sa mort au vu de son état de santé déplorable. Il a annoncé sa décision vendredi 23 avril, depuis l’hôpital pénitentiaire pour tuberculeux où il avait été transféré peu de temps auparavant.

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