Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? Semaine du 19/04 au 26/04/20

Sommet européen de crise : vers une solidarité financière ?

Les ministres des Finances de la zone euro et se sont entretenus le jeudi 23 avril en téléconférence pour notamment discuter de la proposition de la création d’euro-obligations.

Euro-obligations et divisions

Ils se sont déjà entendus sur un plan de 540 milliards d’euros pour soutenir l’économie mais les 27 divergent sur la possibilité d’émettre des euro-obligations ou « euro-bonds » . Un rapport de force presque « traditionnel »  entre les économies du Sud et du Nord de l’UE  s’est instauré pour la construction d’un «fonds de reconstruction» que l’on envisage doter de 1 000 à 1 500 milliards d’euros.

Du point de vu des pays du Sud qui soutiennent cette proposition française, ceux du Nord réalisaient avant la crise actuelle des excédents budgétaires grâce à la sous-évaluation de l’euro qui leur profite. Cependant ces excédents ne sont pas réinvestis au profit de tous. Ils ne sont pas remobilisés, du moins une partie, dans le budget européen par exemple.  De fait, les taux d’intérêts auxquels les pays du Nord accèdent à l’emprunt pour financer l’économie en crise sont plus bas que ceux dont bénéficie les autres. Une injustice à laquelle les euro-obligations mettraient fin en mutualisant l’emprunt entre les pays européens, c’est-à-dire, en mutualisant les dettes.

 

Mais certains Etats-membres, en tête de file l’Allemagne indiquent qu’il existe en réalité depuis longtemps déjà une forme de solidarité, à cette différence près que celle-ci n’est pas libellée en obligations communes ou “eurobonds”. La Banque européenne d’investissement  (BEI)  a  en effet accordé  plus  de  50  milliards d’euros de crédits aux entreprises européennes en 2019. Et ces obligations sont garanties par l’ensemble des Etats membres, ce qui revient à mutualiser les dettes. A cela s’ajoutent deux mécanismes : les rachats de dettes souveraines par la Banque Centrale européenne qui agit sous caution des Etats et le Mécanisme européen de stabilité.

Mais cette question des prêts sous conditions se trouve hors du champ des négociations possibles notamment pour l’Italie et d’autres pays qui soutiennent sa position indique Euractiv. Ils affirment que la crise actuelle est causée par un choc inédit et indépendant de la volonté ou des faiblesses économiques de tout un chacun.

Aussi, le gouvernement allemand qui peine à envisager la mutualisation des dettes, propose d’augmenter la contribution des états membres au budget européen pour qu’il soit davantage en capacité de subvenir aux besoins des Etats en période de crise.

 

Au-delà des enjeux économiques, des enjeux politiques

Nous sommes certainement à moment crucial pour l’Europe et sa place dans le monde. En effet, il s’agit de démontrer sa capacité à trouver des solutions efficaces dans des délais réduits, ce qui dans un système hybride où il existe 27 gouvernants est chroniquement difficile.

Ensuite, nous sortons à peine de la crise économique et financière de 2008 et de nombreuses économies européennes sont encore fragiles. Ce qui se joue est la survie de ces économies qui doivent rester dans l’UE et dans la Zone euro. Car le correspondant à Bruxelles pour Libération, Jean Quatremer indique «si la zone euro et l’Union s’effondrent, les pays du nord en souffriront aussi : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark ou les Pays-Bas doivent uniquement leur richesse à l’existence d’un marché unique ».

Vues les potentielles conséquences dramatiques de la crise actuelle mais surtout à venir,  (…)  les lignes bougent très vite en Allemagne, au Danemark et dans d’autres pays» indique une source de Bercy selon Libération.

Les propositions qui ont le plus de chance d’être validées sont celles qui donnent les commandes à la Commission européenne qui serait chargée d’évaluer selon les secteurs et pays, les effets de la crise et les besoins ressentis indique Euronews.

Aussi, madame Von der Leyen est chargée de présenter un plan de relance le 6 mai. Est en outre étudiée la possibilité de porter la contribution des Etats-membres au budget communautaire à 2 % du revenu national brut de  l’UE pour les deux ou trois premières années du nouveau cycle budgétaire, contre 1,2 % actuellement.

Malgré les nombreuses critiques, il encore trop tôt pour fustiger la conduite d’un Etat ou d’un autre. Tous semblent vouloir converger vers des objectifs relativement similaires mais que les moyens pour y parvenir eux, différents.

 

Plus globalement, et c’est un allemand qui l’écrit – le Social Démocrate Metin Hakverdi – davantage d’intégration financière, budgétaire, sociale,  dans la zone euro sont  nécessaires si que l’UE veut enfin accomplir ce pourquoi elle fut créée, un ensemble cohérent, qui évolue rapidement dans ses décisions politiques et économiques, plus affranchie des conjonctures globales de plus en plus polarisées entre Chine  et  Etats-Unis.

 

 

Le Green-Deal dans les négociations pour la relance européenne

 

“Chaque euro que nous investissons doit alimenter une nouvelle économie plutôt que les anciennes structures. Nous devons éviter cela à tout prix “.

C’est ce que déclarait Frans Timmermans à la commission environnement du Parlement européen le mardi 21 avril.

Le Commissaire européen responsable du Green Deal fait valoir que la stratégie de croissance « verte » de l’Europe est toujours d’actualité, et ne l’a jamais autant été. En effet, les chefs d’Etats et de gouvernements qui travaillent à définir les modalités du plan de relance pour les économies européennes ont demandé à la Commission européenne de dresser sa « feuille de route » pour ce faire. Et la stratégie de relance devrait revêtir une forte dimension écologique.

« La transition écologique et la transformation numérique joueront un rôle central et prioritaire dans la  relance  et  la  modernisation  de  notre  économie. » stipule la feuille de route de la Commission.

 

Le Parlement et son « alliance pour une relance verte » mobile l’opinion

Quelques jours après l’appel de douze ministres européens, Pascal Canfin, président de la commission de l’Environnement du Parlement européen, avait lancé l’initiative ” alliance pour une relance verte ” le mardi 14 avril.

Son appel s’est  depuis converti en une tribune collective de 180 signataires dont 79 députés européens dont les affiliations vont de partis écologistes à la droite de l’échiquier politique, et aussi des représentants syndicaux, des militants d’ONG comme WWF ou encore 37 dirigeants du secteur privé.

Il faut donc faire coup-double selon cette alliance car la guérison économique nécessitera des investissements massifs pour protéger des emplois et en créer de nouveaux. Cette réorientation doit  «  permettre l’émergence d’un modèle économique plus résilient, plus protecteur, plus souverain. Ce sont justement les principes sur lesquels repose la transition écologique » peut lire sur la tribune collective.

 

Le Commissaire Frans Timmermans semble avoir entendu les revendications du Parlement, reste à voir comment cela se traduira t-il dans la feuille de route de relance européenne qui sera présentée par madame Von der Leyen aux chefs d’Etats et de gouvernements.

 

Benjamin Dagot

Benjamin Dagot

Étudiant de master à l'Institut d'Études Européennes de la Sorbonne Nouvelle, j'ai plaisir à publier des articles et revues de presse à caractère économico-politique pour notre journal dédié aux questions européennes : Eurosorbonne.

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