Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (24 au 30 octobre 2021)

Par Marine Béguin et Laura De Almeida.

Retour sur les relations gréco-allemandes sous Angela Merkel

Ce 28 octobre, la chancelière allemande Angela Merkel s’est rendue à Athènes pour deux jours, afin de saluer les dirigeants grecs une dernière fois avant son départ.

La présidente grecque, Ekaterini Sakellaropoulou, semble être en bons termes avec la chancelière allemande, ce qui n’a pas été le cas pendant ses seize années au pouvoir. En effet, l’Allemagne a été critiquée à plusieurs reprises, notamment quant à la « neutralité » de l’Allemagne vis-à-vis des tensions entre la Grèce et la Turquie et sa position sur la question des migrations.

Mais le plus grand enjeu de ces tensions était sûrement les politiques d’austérité imposées à la Grèce, qui ont été menées sous impulsion allemande. En effet, pour « sauver » la Grèce de la zone Euro, les plans européens ont permis d’octroyer plus de 300 milliards d’euros à la Grèce entre 2008 et 2015, dont Berlin a été le principal contributeur. Cependant, les autorités allemandes, dont l’ancien ministre des finances Wolfgang Schäuble, ont exigé en contrepartie des coupes budgétaires et l’augmentation des impôts. Cela a entraîné la diminution des retraites ainsi que du salaire minimum, des privatisations, et des sous-effectifs dans les services publics, pour un chômage allant jusqu’à 28%.

Cette situation a entraîné un net recul de l’appréciation des dirigeants allemands pour la population grecque, notamment à l’élection du leader de la gauche radicale Alexis Tsipras en 2015 et les nombreuses manifestations dans la rue que cela a engendré. Mais au sortir de cette crise, le gouvernement semble plus enclin à négocier avec Berlin.  

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Une astreinte d’un million d’euro par jour : rien ne va plus entre Bruxelles et Varsovie

Ce mercredi 27 octobre, l’Union européenne a rendu sa décision : Varsovie se voit imposer une astreinte journalière d’un montant de 1 000 000 d’euros pour non-respect des décisions de la Cour de Justice européenne (CJE)

Depuis quelque temps, le viseur de l’Union Européenne est tourné tout droit vers Varsovie. En effet, le contentieux entre l’UE et la Pologne dure depuis déjà quelques années et n’est pas en voie de s’améliorer. Alors que le 7 octobre dernier, la Pologne, accusée par l’Union Européenne de ne pas respecter le principe d’État de droit, annonçait certains traités européens comme non compatibles avec la constitution du pays et sa souveraineté, la situation s’aggrave. 

La Pologne avait été missionnée par la Cour de Justice Européenne, le 14 juillet dernier, de suspendre immédiatement la chambre disciplinaire de la Cour Suprême pour abus de compétence. Mateusz Morawiecki, chef du gouvernement polonais avait récemment annoncé l’abolition de cet organe dont le but est de superviser les juges, mais celle-ci maintient son activité. Les mesures ordonnées n’ayant pas été respectées, la CJE au travers de cette condamnation tente d’inciter cet État membre à donner effet, dans les meilleurs délais, aux mesures provisoires ordonnées et à annoncer la cessation des activités de la chambre disciplinaire de la Cour suprême. 

Varsovie étant l’un des sujets dominants du sommet européen des 27, l’enjeu polonais n’est pas moindre : une réticence se fait sentir de la part de la Commission européenne, qui annonce alors le gel du plan de relance post-covid de la Pologne, d’un montant de 36 milliards d’euros, tant qu’aucune garantie pour l’indépendance des juges polonais n’aura été fournie. 

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Rencontre Johnson-Macron au sujet de la pêche : le point épineux du Brexit 

Alors que se tient ce week-end, à Rome, la rencontre des 20 grandes économies mondiales au sujet du climat et de la COP26 de Glasgow ; le Premier ministre britannique prévoit un tête-à-tête avec le Président français pour discuter du sujet de la pêche. 

Prêt à en découdre, Boris Johnson annonce être prêt “à faire le nécessaire pour défendre les intérêts britanniques” au cœur des eaux de la Manche. Alliée proche et solide de la Grande-Bretagne, la France pourrait se voir infliger des représailles britanniques si la situation ne s’améliore pas. Boris Johnson entend tout de même faire appel au dialogue, et espère régler ce contentieux au mieux.

 

À l’heure où les sujets de dispute s’accumulent entre les deux voisins, Emmanuel Macron remet en cause la crédibilité britannique après les menaces de mise en place de “contrôles rigoureux” à l’égard des bateaux européens. Le Président français déclare dans un entretien au Financial Times publié à la veille du Sommet du G20 que le comportement de Londres vis-à-vis du Brexit Agreement, négocié pendant des années, “n’est pas une grande preuve de [la] crédibilité” britannique. En effet, Londres n’en est pas à sa première remise en cause de l’accord du Brexit : encore la semaine dernière, D. Frost menaçait de faire appel à l’article 16 pour suspendre le protocole nord-irlandais, puisque le Royaume-Uni n’y trouve pas son compte.

Boris Johnson a annoncé, avant de monter dans l’avion direction Rome pour le sommet des dirigeants du G20, avoir prévu “d’aborder toute une série de sujets”. Entre immigration illégale, menace de suspension du protocole nord-irlandais et de représailles entre les deux États, le pacte AUKUS qui a conduit à l’annulation d’une commande australienne de sous-marins français ne semble pas peser en faveur du Royaume-Uni. 

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Mur anti-migrants : le feu vert du Parlement polonais

Le vendredi 29 octobre, le Parlement polonais a approuvé la construction d’un mur à la frontière avec la Biélorussie sur plus de 100 kilomètres. Le budget est évalué à 353 millions d’euros et a pour objectif de mettre un terme au passage des migrants qui s’élèvent à plusieurs milliers depuis cet été. L’Union européenne accuse le Président biélorusse Loukachenko de vouloir perturber la stabilité de l’Union en aidant les migrants à traverser les frontières européennes. Après que celle-ci ait imposé des sanctions économiques à la Biélorussie.

La solution temporaire trouvée par la Pologne, la Lituanie et la Lettonie est de refouler les migrants à la frontière et ces pays souhaitent suivre le chemin de la Hongrie qui est le seul État membre à avoir légalisé cette pratique. De plus, en Pologne, l’état d’urgence a également été décrété à la frontière, permettant l’intervention des soldats et empêchant les journalistes et associations caritatives de s’approcher de la zone. Face à cela, l’Union européenne appelle à une meilleure transparence et les Nations unies ont quant à elles demandé des actions urgentes pour s’occuper des migrants. 

Douze États membres ont par ailleurs demandé à l’Union Européenne d’aider au financement du mur. Ursula Von der Leyen a rappelé que la Commission et le Parlement étaient contre ce projet et qu’ il n’y aurait pas de financement de barbelés et de murs et que “Les gens instrumentalisés par Loukachenko sont des victimes. Nous devons les aider”. De son côté, le Premier ministre polonais a défendu le projet en affirmant que la Pologne “est attaquée” et que le mur était nécessaire pour la protection de son pays. 

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