Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (14/03-20/03)

Par Laura De Almeida

Taxe carbone aux frontières de l’UE : nouvel accord vers la décarbonisation 

Les négociations ont débuté en juillet 2021, la Commission européenne avait lancé le projet : “d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières”. Le but est de taxer, dès 2023, cinq importations ciblées : l’acier, le ciment, l’aluminium, l’engrais, et la production énergétique. “toutes les importations d’une valeur supérieure à 150 euros seront taxées”. Le projet a été en grande partie vu d’une manière favorable par les États membres, malgré des divergences sur des modalités. La France a décidé d’en faire une priorité lors de sa présidence du Conseil, jusqu’à fin juin 2022. 

Le texte a été approuvé ce mardi 15 mars. Il reprend les mesures proposées par la Commission, la mise en place sera progressive entre 2023 et 2025. Toutefois, les 27 États membres ne sont pas d’accord quant-à la suppression des quotas d’émission gratuits pour les industriels européens pour rester compétitif face aux pays tiers. En tête de liste qui refuse cette suppression se trouve la Pologne, grande émettrice de CO2, qui attend de voir l’efficacité de cette mesure avant de la voir appliquée aux pays membres. D’autant plus qu’avec le conflit ukrainien, le secteur énergétique est déjà assez touché. 

Cette taxe a deux grands objectifs pour les pays membres. Tout d’abord, les industries européennes vont garder leur compétitivité face à des importations fortes en carbone qui seront taxées (provenant majoritairement de pays émergents qui exportent des produits à coût plus faible). La différence entre un produit importé et un produit européen sera alors réduite. Le plus important, cette taxe va ralentir les délocalisations d’entreprises européennes vers des pays qui ne contrôlent pas les conditions de production et les émissions de gaz à effet de serre.  

Le montant de la taxe n’a pas été fixé, il va dépendre du niveau de pollution généré par les productions importées. Les revenus qui seront générés par celle-ci sont estimés à un milliard d’euros. Cet accord est un vrai succès pour la France, puisqu’elle a réussi un de ses objectifs principaux lors de sa présidence.   

 

Ukraine, Géorgie et Moldavie : une adhésion proche ? 

En l’espace de quatre jours, trois ex-républiques soviétiques ont fait une demande officielle à l’entrée dans l’Union européenne. Il s’agit de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie. Ces demandes font suite à l’invasion russe en Ukraine. Rapidement, le 7 mars, les 27 ministres des Affaires étrangères se sont réunis pour examiner ces demandes d’adhésion. En même temps, les ambassadeurs des États membres pour l’UE se sont accordés sur le lancement du processus officiel et la date du débat sur l’adhésion (lors du sommet de Versailles). De son côté, le Parlement a accordé à l’Ukraine son statut de candidat et continue d’aider à son intégration dans le marché unique. 

Si ces pays souhaitent rejoindre l’Union, c’est à cause de l’article 42 du Traité sur l’Union européenne : les Etats membres de l’Union doivent aider un pays membre si celui-ci est victime d’une “agression armée sur son territoire”.

Toutefois, le processus d’adhésion est relativement long. La Commission commence par évaluer la demande et donner son avis, puis le document doit être approuvé d’abord par le Parlement et enfin par les chefs d’État. Lors du sommet de Versailles, les chefs d’États l’ont bien souligné, il n’y a pas de procédure rapide d’adhésion. Si l’on prend l’exemple de la Pologne, le pays avait demandé l’adhésion dès 1994 et n’a rejoint l’Union qu’en 2004. 

De plus, ces pays sont loin de convenir à tous les critères, comme l’indique Sandrine Levasseur : Ce sont des pays pauvres, très tournés vers l’agriculture, avec des produits à faible valeur ajoutée. Il faut des investissements étrangers, mais pour cela il faut un environnement économique stable et il y a encore trop de corruption”. De plus, dans le cas de l’Ukraine, la guerre rend difficile d’envisager la mise en place du processus d’intégration, comme le souligne Emmanuel Macron : Est-ce que nous pouvons ouvrir une procédure d’adhésion avec un pays en guerre ? Je ne le crois pas”.

Les États membres tentent alors de temporiser toutes ces candidatures, car il ne faut pas oublier que les derniers élargissements ont été la source de grandes critiques et l’Union européenne ne serait pas encore prête à s’élargir davantage.

 

Guerre en Ukraine : le risque d’une crise alimentaire mondiale 

Lundi dernier, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a exprimé ses craintes quant-à la question alimentaire autour de l’Ukraine : La guerre en Ukraine pourrait entraîner un ouragan de famine“. En effet, l’Ukraine est un grand producteur de blé, le pays est considéré comme le “grenier de l’Europe”. Le sud-ouest de la Russie également, mais avec la guerre, aucun accord ne serait possible avec ce pays. À elles deux, elles représentent 15% du blé mondial. Sébastien Abis, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), souligne également qu’en plus du blé, la Russie et l’Ukraine produisent 80% de l’huile de tournesol mondiale et l’Ukraine est la quatrième productrice mondiale de blé. À cause de la guerre, plus aucun navire commercial ne quitte les ports ukrainiens, coupés du monde par les Russes. 

Les pays principalement touchés sont les méditerranéens et notamment les pays du Maghreb. Par exemple, l’Égypte est le premier pays importateur mondial de blé. Sur 100% de ses importations, 60 viennent de Russie et 40 de l’Ukraine. D’autres pays sont touchés comme l’Algérie et la Tunisie. Dans ces pays, le cours du blé a plus que doublé depuis le début du conflit, passant de 150 euros la tonne à 400 euros. Les pays en voie de développement sont particulièrement à observer puisqu’ils ont déjà très peu de stocks. 13 millions de personnes risquent de souffrir de sous-nutrition. 

En Europe, le ministre français de l’agriculture, Julien Denormandie a réagi en affirmant que “l’Europe doit produire plus et assumer sa mission nourricière”. Mais cette perspective vient contrecarrer les plans d’une PAC plus respectueuse de l’environnement. Le but n’est pas de fournir les Européens, car l’Union européenne est déjà une exportatrice nette de cette céréale. Pour le ministre, l’objectif est le suivant : “L’Europe doit accroître sa production agricole et reconquérir les marchés égyptiens, marocains et libanais”. Ce qui est particulièrement remis en question, est l’obligation que l’on retrouve dans la nouvelle PAC de préserver 4% des terres pour des surfaces non productives. Une obligation impossible à maintenir puisqu’il va falloir produire plus pour éviter une crise mondiale.

L’Organisation de coopération et de développement économiques est également en alerte : « La crise se manifeste déjà par une hausse des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et de certains métaux ». L’OCDE a calculé pour l’année 2022 une baisse des exportations de blé dans le monde entre 7 % et 12 %, pour les autres céréales ce serait entre 5 et 7%. 

Les céréales représentent aussi un atout géopolitique pour la Russie, puisque des pays vont nécessairement avoir besoin de blé. Moscou continuera ses exportations et gardera une place importante sur la scène internationale. Toutefois, le 16 mars dernier, la Russie, mais également la Hongrie et la Moldavie, ont indiqué réduire leur exportation de blé afin de garantir leur propre sécurité alimentaire. 

 

Réseau électrique européen : le raccordement en urgence de l’Ukraine

Ce mercredi, la ministre française de la transition écologique, Barbara Pompili, a annoncé dans la cadre de la présidence française du Conseil de l’UE que le réseau électrique ukrainien a enfin été relié au système européen. L’Ukraine fait désormais partie de l’Union énergétique européenne. Il s’agissait d’un projet déjà amorcé en 2017, qui a été précipité à cause de la guerre. “Nous nous y étions engagés, c’est chose faite : le réseau électrique ukrainien qui fonctionnait depuis le début de la guerre en mode isolé, est connecté depuis ce matin au réseau européen. Un soutien supplémentaire de l’Europe. Nous sommes aux côtés des Ukrainiens.”. La Moldavie a également été inclus par la même occasion.

Dans le cadre de cette mise en place, des tests doivent avoir lieu. Leur but est de constater si le pays raccordé peut rester 3 jours en étant totalement isolé. La date de cet exercice était prévue longtemps en avance : le  23 février. Ce soir-là, l’Ukraine est déconnectée du réseau russe. Quelques heures plus tard, l’invasion russe commence. Coïncidence ou non, malgré les bombardements, les tests ont suivi leur cours et permis le raccordement. Le projet a été réalisé en quelques semaines au lieu des un an et demi prévus. En effet, le raccordement définitif n’était prévu qu’en 2023, mais bien évidemment, l’Ukraine n’aurait pu tenir si longtemps sans être liée à l’électricité européenne. La commissaire européenne à l’énergie, Kadri Simson, a souligné que : Cela aidera l’Ukraine à conserver la stabilité de son système électrique, à chauffer les maisons et à garder les lumières allumées dans cette période sombre“. 

 

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