Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (du 18 au 24 avril)

Articles par Sirin Golli et Louis Lacausse

Ukraine : les nouveaux objectifs du Kremlin à portée ?

Alors que la guerre s’éternise au grand damn de Poutine, les troupes russes se sont retirées du nord de l’Ukraine pour se redéployer autour du Donbass. Ce repli stratégique participe à la redéfinition des objectifs de guerre russes.

Parmi ces objectifs, le contrôle du “Sud de l’Ukraine”. Cette expression géographique un peu floue nous vient de Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du District militaire du Centre de la Russie. Ces nouveaux objectifs militaires et la concentration des forces au Donbass peuvent avoir pour but d’offrir une victoire limitée à la Russie, en raison des difficultés majeures rencontrées depuis le début du conflit ou d’obtenir une victoire décisive (peut-être un encerclement ?) pour relancer une invasion de toute l’Ukraine. Le président Zelensky croit même en une troisième option, plus alarmiste. Il affirme que l’Ukraine n’est qu’une étape dans les rêves impérialistes russes et qu’il faut la stopper dès maintenant. Se demander si les nouveaux objectifs russes sont à portée est une manière de développer deux nouveaux aspects du conflit. 

La portée balistique d’abord avec le tir réussi du fameux missile SATAN 2 mercredi 20 avril par la Russie. Comme convenu depuis la guerre froide, Washington fut informé de ce tir de missile à l’avance. Cette arme d’une portée de 18 000 km ne change pas vraiment les capacités militaires russes mais représente une démonstration de force symbolique en ce sens que le Monde entier ou presque se situe à portée de ce missile balistique pouvant transporter des ogives nucléaires.  Vladimir Poutine en a profité pour déclarer “C’est véritablement une arme unique […] qui fera réfléchir à deux fois ceux qui essaient de menacer notre pays avec une rhétorique déchaînée et agressive” à la télévision russe.

La portée militaire ensuite. La Russie a-t-elle encore les moyens de s’imposer en Ukraine ? Si la chute quasi complète de Marioupol le vendredi 22 avril semble aller dans ce sens, la Russie qui ne veut pas engager sa pleine puissance et passer à une économie de guerre, semble tomber sur un os. Les livraisons d’armes occidentales et le nombre de défenseurs ukrainiens ont fait changer le rapport de force dans le Donbass au profit de ces derniers. On peut raisonnablement douter de la capacité russe à réaliser une percée du front en raison de l’avantage défensif et du soutien dont bénéficie l’Ukraine. Ajoutons à cela que le navire amiral de la flotte russe en Mer Noire, le “Moskva” a coulé cette semaine. Torpille ukrainienne ou incendie à bord, les versions divergent mais les faits sont là : l’Ukraine pour la Russie ressemble de plus en plus à l’Afghanistan pour l’Union soviétique…

Notons enfin que le samedi 23 avril, le ministre de la Défense russe a tenu un briefing concernant des “provocations imminentes visant à accuser la Russie d’utiliser des armes chimiques”. Pour réengager son pays dans une guerre médiatique largement perdue par la Fédération jusqu’alors. 

600 millions d’euros pour soutenir l’Union Africaine : une facilité pour la paix

Le 21 avril 2022 était un jour symbolique pour l’amitié entre l’Europe et l’Union Africaine. Le Conseil européen a adopté une décision d’assistance au titre de la facilité européenne pour la paix (FEP) en faveur de l’Union africaine, d’un montant de 600 millions d’euros.

Cette somme couvrira les années 2022-2024. Ce financement a pour but d’aider les pays africains à instaurer et maintenir la paix sur leurs territoires. Dans cette mesure, l’Union Africaine peut demander plus de soutiens pour des projets individuels de soutien de la paix en fonction des besoins des pays et de leurs peuples. Cela leur permettra de réagir plus rapidement face à des crises de sécurité. Cette coopération est due à l’engagement pris pour développer un multilatéralisme, et particulièrement avec l’Union Africaine. Cela montre que l’Afrique est une priorité pour l’Union Européenne. L’Afrique est par ailleurs le seul partenaire cité dans la lettre de mission de la Commissaire aux partenariats internationaux, Jutta Urpilainen. 

Pour défendre la paix, l’Union européenne veut investir une somme supplémentaire pour aider l’Union Africaine à agir contre les forces de Boko Haram(FMM) et d’autres groupes terroristes. Cette somme supplémentaire couvre les frais personnels, logistiques, les coûts des transports terrestres et aériens, le matériel de communication et médical dans le but d’apporter un soutien maximal. Une somme de 10 millions d’euros permettra de prolonger l’aide fournie jusqu’à la fin de 2022.

 

Présidentielles : du débat d’idée au tout pour l’Élysée !

Ce mercredi 20 avril, Emmanuel Macron et Marine le Pen ont débattu pendant plus de deux heures sur le plateau de TF1. Ce débat a été marqué par un respect mutuel et une plus grande écoute entre les deux candidats que le violent débat ad hominem de 2017. Sans revenir de manière exhaustive sur le débat, notons que la presse étrangère et nationale ainsi que l’opinion publique ont semblé plus convaincues par la prestation du président sortant, candidat à sa réélection, E. Macron. 

Cette semaine d’entre deux tours a été marquée par une véritable mise en campagne des deux candidats, qui avaient été plutôt discrets avant le premier tour – en raison notamment d’une avance confortable dans les sondages. Lors des premiers meetings de la semaine, les candidats ont insisté sur leur vision très opposée de la France et de l’Europe, ce qui a conduit mercredi à un débat d’idées plutôt qu’au pugilat qu’avait été le débat de 2017. E. Macron s’est révélé très européaniste à Strasbourg et a révélé ses ambitions écologistes, en partie comme une main tendue à la jeunesse ou plus généralement à l’électorat de Jean Luc Mélenchon. Marine le Pen a préféré attirer ce même électorat en leur tendant la main mais sans incorporer de nouvelles idées à son projet.  En revanche, les derniers meetings furent l’occasion de s’en prendre à son adversaire avec toute la violence retenue lors du débat. “Danger de l’extrême droite” contre “arrogance et mépris du peuple et de la nation” les deux candidats ont terminé leur campagne électorale avec une rhétorique de barrage face à leur opposant respectif. 

Dans cette mesure, on peut dire que la course à la présidentielle est passée du débat d’idées autour de deux projets diamétralement opposés pour la France à un combat féroce pour séduire les électeurs à coup de promesses, de mise en garde et de discours mobilisateurs. Jean Luc Mélenchon quant à lui fait figure de “faiseur de président” et brille par son absence au second tour. Dans un discours très similaire à celui de 2017, le chef des insoumis a astucieusement désigné les législatives comme un “troisième tour” et demandé aux Françaises et aux Français de l’élire premier ministre à cette occasion.

Toujours est-il que ce dimanche 24 avril, le deuxième tour des présidentielles désignera le/la futur(e) président(e) de la République. E. Macron est indéniablement favori avec des estimations qui le donnent vainqueur avec entre 55% et 60% des suffrages. Les mêmes sondages étaient plus nuancés avant le débat de mercredi dernier – véritable occasion ratée de renverser la tendance pour Marine le Pen selon les observateurs.

 

L’UE est en Ligne

L’objectif de l’UE est de réguler les messages de haine, la désinformation et de manière plus générale tout contenu illégal sur des plateformes comme Twitter, Facebook et Instagram. Pour cela, l’Union Européenne est en train de finaliser le projet du“ Digital Services Act” qui est un règlement numérique. Ce projet sera introduit pour surveiller les plateformes et modérer l’appel à la haine, qui peut constituer des propos racistes comme sexistes. Thierry Breton,  commissaire responsable du marché intérieur, publiait une vidéo sur les réseaux sociaux en affirmant que “ tout ce qui est interdit offline, doit l’être online” . 

Le premier tour des négociations a déjà commencé le vendredi 22 avril entre la Commission européenne, le Parlement et le Conseil des représentants des Etats membres. Ce sujet pose déjà 16 problèmes pour que celui-ci soit voté. Tous les problèmes doivent être résolus. Un de ces aspects concerne les interfaces truquées. Il s’agit de sites web ou d’applications sur lesquels les utilisateurs peuvent acheter des biens, et qui poussent ces derniers à accepter certains paramètres de navigation.  En outre, la mise en place d’un système de crise est également en négociation. Cette option sera mise en place pour les situations de crise comme des guerres ou des pandémies. 

Un autre point important est la protection des enfants qui deviennent de plus en plus des consommateurs des réseaux-sociaux et qui ont besoin de règlements d’utilisation simples, courts et clairs. Pour assurer un certain pluralisme, les représentants ont aussi discuté des limites à imposer à certaines plateformes majeures comme Facebook, qui devraient être mises en place pour limiter l’effet de boule de neige. 

Ce mercredi, les eurodéputés se sont prononcés sur un texte qui doit empêcher les pratiques concurrentielles de quelques sociétés. Ce texte cherche à délimiter certaines frontières numériques pour les cinq géants mondiaux du Web, appelés les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).   

Le DSA met en place des obligations et des devoirs. Par exemple, les GAFAM n’auront pas le droit d’autoriser ou d’interdire un service particulier. Par exemple, ils ne pourront pas empêcher les consommateurs d’accéder aux services d’entreprises en dehors de leurs plateformes et autres. En cas de  non-respect, une amende qui va jusqu’à 10% du chiffre d’affaires pourrait être attribuée. 

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