Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (du 09/05 au 15/05)

Articles par Sirin Golli et Coline Playoust

 

Retrait de la candidature de Taha Bouhafs aux élections législatives 

Le 12 et 19 juin prochain se tiendront les élections législatives en France. Les partis investissent désormais leurs candidats dans les différentes circonscriptions. Le choix de certains candidats a suscité d’importantes controverses.

La Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) prévoyait de présenter le journaliste Taha Bouhafs comme candidat dans la 14e circonscription du Rhône. Issu de la banlieue populaire de Grenoble, Taha Bouhafs  était “devenu le symbole du renouvellement des profils à l’Assemblée nationale souhaité par le mouvement mélenchoniste”.

En septembre 2021, ce dernier a été condamné pour injures raciales envers la policière Linda Kebbab. Depuis la condamnation, Taha Bouhafs est harcelé sur les réseaux sociaux. À l’approche des élections législatives, ce harcèlement s’est amplifié jusqu’à devenir insupportable : il déclare “Tous les jours une nouvelle calomnie, une nouvelle insulte, une nouvelle menace de mort, une nouvelle accusation”. De nombreux députés LFI ont soutenu Taha Bouhafs, y compris Jean-Luc Mélenchon, proche du journaliste.

En début de semaine, un signalement accusant Taha Bouhafs de violences sexuelles a été reçu par la cellule de suivi contre les violences sexistes et sexuelles de La France insoumise. Trois autres témoignages ont suivi. Taha Bouhafs a alors retiré sa candidature lundi 9 mai au soir, à la suite de ces accusations. Il  « accepte le processus d’accueil de la parole » des femmes et, par conséquent, se met en retrait de la campagne.

Plusieurs députés LFI dont Clémentine Autain ont déclaré prendre avec le plus grand sérieux ces signalements, tout en défendant Taha Bouhafs contre les menaces et injures racistes qu’il continue de recevoir. Sandrine Rousseau a tweeté “1/ T. Bouhafs a subi des tombereaux de racisme. 2/ Les dénonciations de violences sexuelles et la parole des victimes doivent être respectées. 3/ N’en profitez pas pour répandre plus de racisme. On vous voit. Que les autres forces pol. fassent le ménage dans leurs rangs”

En réaction à l’affaire Taha Bouhafs, les candidatures de Jérôme Peyrat (condamné pour violences conjugales en 2020) et Yves Blein (accusé de harcèlement sexuel) ont suscité de nombreuses polémiques. Investis par le parti Renaissance (nouveau parti unissant LREM, Horizons et le MoDem), leur candidature n’a pas été retirée. 

 

Nouvelles décisions de l’UE sur les restrictions automobiles

La Commission européenne a voté ce jeudi l’interdiction des voitures thermiques pour 2035. En juillet 2021, l’UE avait fixé cette interdiction à 2040, dans le cadre de nombreuses mesures sur le secteur automobile.

La voiture thermique correspond à la motorisation standard des véhicules traditionnels à essence ou diesel. Il existe aussi la voiture électrique qui fonctionne uniquement avec une batterie et doit être rechargée en borne. Enfin, les voitures hybrides fonctionnent à l’électricité et à l’essence. Seules les voitures entièrement électriques pourront être vendues en Europe à partir de 2035.

Pourquoi interdire la voiture thermique ? Dans un contexte de crise écologique, il devient absolument essentiel de légiférer sur les secteurs les plus polluants. D’après le Parlement européen, le secteur des transports représente autour de 30 % des émissions de CO2 en Europe et cette part augmente. Les objectifs définis par la Commission européenne en 2021 avaient pour objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050. 

Quels sont les avantages de la voiture électrique ? La voiture électrique se dégrade moins vite que la voiture classique, et surtout émet 22% de CO2 de moins que son équivalent diesel, et 28% de moins que son équivalent essence.  Les voitures électriques sont certes très coûteuses, mais de nombreux États européens ont mis en place des aides financières pour aider les ménages à acquérir un véhicule moins polluant.

Qu’est-ce qui va changer ? En 2035 les voitures thermiques et hybrides ne pourront plus être vendues, mais pourront toujours circuler. L’objectif est de maximiser le nombre de véhicules électriques sur les routes européennes, afin de réduire les rejets de CO2. Ces mesures entraîneront une importante transformation du marché de l’automobile qui sera soutenu par des aides financières de l’UE. 

Ce vote devra être acté le mois prochain pour entrer en vigueur.

 

Luttons contre les abus sexuels sur enfants sur le web !

Le 11 mai 2022, la Commission européenne a fait une nouvelle proposition législative pour protéger les enfants d’abus sexuels sur internet. À l’échelle mondiale en 2021, 85 millions d’abus commis contre les enfants ont été signalés, mais les vrais chiffres seraient beaucoup plus élevés. 

Avec la crise covid, les signalements ont augmentés. Par rapport à 2020, la fondation Internet Watch a constaté une augmentation de 64% des signalements. Auparavant, le signalement de ces abus reposait sur un système d’autorégulation par les utilisateurs et les entreprises. Ce système s’est révélé peu efficace, c’est pourquoi il est nécessaire d’avoir un nouveau règlement. En 2020, 95% des signalements venaient d’une seule entreprise (facebook) malgré que le problème soit également largement répandu sur d’autres réseaux sociaux ou sites internet.

Pour lutter contre ce phénomène, la Commission européenne veut introduire des règlements fixes et solides. Quels seront les nouveaux règlements?

Les fournisseurs seront obligés de détecter, signaler et retirer des contenus relatifs aux abus contre les enfants dans le cadre de leurs services. Ces derniers devront évaluer le risque que ces contenus fassent l’objet d’une utilisation abusive. De plus, les mesures de protection devront toujours être proportionnées aux risques. Pour prendre la question des abus en mains, la Commission européenne va créer un nouveau centre indépendant, chargé de la lutte contre les abus sexuels des enfants en ligne. En faisant de la recherche quant aux chiffres précis, en fournissant des informations fiables, en analysant les signalements adressés par les fournisseurs pour finalement repérer les signalements erronés, et en aidant les victimes en trouvant les responsables. 

Ce nouveau règlement prévoit aussi : une évaluation des risques et des mesures d’atténuation des risques obligatoires, des obligations de détection ciblées fondées sur une injonction de détection, des garanties solides de respect de la vie privée, des obligations claires de signalement, et une réduction de l’exposition au pédo piégeage et de solides mécanismes de surveillance et des voies de recours juridictionnel. 

Tous ces règlements montrent la volonté de l’Union européenne de protéger les enfants des dangers du web car ils y sont confrontés de plus en plus. En dépit de ces avancées, il y a plusieurs points de vues critiques de ces réglementations. A titre d’exemple, le seul moyen pour pouvoir signaler, bloquer et trouver les responsables des abus est de dépasser les règlements de sécurité et de vie privée. Ainsi, l’eurodéputé allemand Dr. Patrick Breyer a qualifié la législation de “plan de surveillance de masse“,  d’ « attaque d’espionnage de nos messages et photos privés par des algorithmes sujets aux erreurs“, et finalement comme “un pas de géant vers un État de surveillance à la chinoise“.

 

 

L’UE et l’Ukraine peuvent-elles investir les biens russes gelés dans la reconstruction et l’armement de l’Ukraine?

Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, l’Union européenne a pris plusieurs paquets de sanctions contre la Russie. Depuis le début de cette invasion, l’armée russe cherche à occuper les centres urbains ukrainiens, et l’Ukraine est perpétuellement bombardée, des millions de personnes fuient leurs pays. D’autres, restent et défendent avec tout ce qu’ils ont. 

L’Union européenne a jusqu’à présent pris 6 paquets de sanctions contre la Russie. Parmi  ces sanctions,  le gel des biens des dirigeants et oligarques  russes, mais également tout un ensemble de sanctions qui affecte l’économie russe. Presque toutes les collaborations euro-russes sont gelées ainsi que des biens. Il est difficile de déclarer la somme des biens et des sommes d’argent gelées mais le chiffre est approximativement de 300 milliards de dollars, l’équivalent de  283 milliards d’euros.   

Le Royaume-Uni a déclaré avoir gelé des actifs d’une valeur de 29,5 milliards d’euros concernant de l’immobilier, des hélicoptères, de l’argent et des œuvres d’art. Environ 196 milliards d’euros de transactions sont bloquées. 

Les Etats-Unis et son président Joe Biden sont en faveur d’un investissement de ces sommes gelées dans la reconstruction et la défense de l’Ukraine contre la Russie. Après cette déclaration du président américain, l’ONG American Civil Liberties Union a mis l’accent sur le caractère anticonstitutionnel de cette possible mesure. Bruxelles partage l’avis de Joe Biden mais fait face à un casse-tête juridique. C’est pourquoi le Conseil européen a chargé son service juridique d’examiner cette question en prenant en compte les droits et les devoirs de chaque partie. 

D’après Ian Bond, directeur de la politique étrangère au sein du think tank Centre for European Reform (CER), “les démarches seront beaucoup plus simples pour l’Ukraine et les Ukrainiens si la Cour pénale internationale constate effectivement que la Russie a commis un génocide ou des crimes contre l’humanité” 

 

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