Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (21.03-28.03)

Un article de Kristen Anger.

Persécution des Ouïghours : l’Union européenne sanctionne, la Chine riposte

Lundi 22 mars, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont sanctionné la Chine pour ses violations des droits de l’homme à l’encontre de la minorité musulmane ouïghoure dans la région du Xinjiang. Une telle décision n’avait pas été prononcée depuis le massacre de la place Tian’anmen en juin 1989.

Les sanctions visent quatre officiels chinois, tous membres du Parti et actifs dans la région du Xinjiang, ainsi que le Bureau de sécurité publique du corps de la société de production et de construction du Xinjiang. Tous sont désormais interdits de séjour sur le territoire européen et leurs avoirs européens ont été gelés. La riposte chinoise a été immédiate. Après avoir virulemment démenti les accusations de l’UE, Pékin a à son tour décrété une interdiction de séjour en Chine, à Hong Kong et à Macao pour quatre organisations et dix personnalités européennes dont cinq eurodéputés, tous soutenant la cause ouïghoure. 

Les sanctions déployées par l’UE ont aussi été adoptées par le Royaume-Uni, le Canada et les Etats-Unis. Même si elles sont surtout d’ordre symbolique, elles témoignent d’une volonté d’agir face aux atrocités perpétrées par le régime chinois à l’encontre des Ouïghours qui sont plus d’un million à être enfermés et persécutés dans les camps de travail du Xinjiang.

L’Union européenne renforce le contrôle des exportations de doses de vaccins

Alors que depuis décembre 2020 les laboratoires européens ont exporté près de 77 millions de doses de vaccin à destination du monde entier, pas une seule dose produite sur les sols britannique et américain n’a encore été exportée vers l’UE. Un tel manque de réciprocité, ajouté aux retards de livraison du groupe AstraZeneca, a incité la présidente de la Commission Ursula von der Leyen à hausser le ton le 17 mars dernier. Après avoir affirmé être prête à utiliser tous les instruments à sa disposition pour permettre à l’UE de vacciner 70% de sa population avant l’été, elle a finalement mis ses menaces à exécution cette semaine. 

En effet, à l’issue du Conseil européen qui se tenait en visioconférence les 25 et 26 mars, les chefs d’Etats et de gouvernement des Vingt-Sept ont approuvé la possibilité pour la Commission de bloquer les exportations de vaccins vers des pays qui auraient plus vacciné que les européens ou qui n’exporteraient pas les vaccins produits sur leur sol. La Commission met donc désormais l’accent sur la proportionnalité et la réciprocité des exportations. 

La principale cible de l’UE est le Royaume-Uni. Lui qui n’a exporté aucune dose a pourtant reçu 21 millions de doses Pfizer-BioNTech produites dans l’UE – ce qui représente les deux tiers de sa population vaccinée. Si certains chefs d’Etat et de gouvernement ont craint le début d’une guerre commerciale, d’autres comme le président Macron ont vu dans cette décision «la fin de la naïveté européenne». 

 

La Turquie sous surveillance après son retrait de la Convention d’Istanbul

Le samedi 20 mars, le président turc Recep Tayyip Erdogan a retiré la Turquie de la Convention d’Istanbul, un traité international luttant contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, promu par le Conseil de l’Europe en avril 2011. Ironie du sort, la Turquie, déjà dirigée par Erdogan à l’époque, avait été le premier pays à ratifier le traité en 2012. 

Alors que le nombre de victimes de violences est en hausse constante – 77 féminicides ont déjà été enregistrés depuis le début de l’année 2021 – ce décret présidentiel est une nouvelle atteinte aux droits et à la sécurité des femmes turques. Ces dernières n’ont pas tardé à réagir et sont descendues par milliers dans les rues du pays le jour de l’annonce. 

Le traité qui exige des Etats qu’ils légifèrent sur les violences conjugales et domestiques était entré en vigueur en Turquie en 2014. Décrié par les élites islamo-conservatrices depuis son introduction, sa sortie avait été maintes fois réclamée. C’est désormais chose faite pour Erdogan qui en profite pour flatter le nationalisme des conservateurs dont il espère retrouver le soutien alors que son parti, l’AKP, chute dans les sondages. 

Mais Erdogan ne s’est pas arrêté là. Il a le même jour limogé le gouverneur de la banque centrale turque, Naci Agbal, le désignant responsable de la hausse des taux d’intérêts. Par conséquent, les investisseurs ont perdu confiance en l’indépendance de la banque centrale et la livre turque s’est effondrée sur les marchés internationaux.

Ces décisions inattendues ont été vivement critiquées par les partenaires occidentaux. L’UE a déclaré jeudi 25 mars qu’«une vigilance accrue [serait] observée pendant les prochains mois afin de déterminer en juin si les conditions sont réunies pour renouer».  

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