Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (3.02 – 9.02.20)

Cette semaine nous suivons Emmanuel Macron qui « revisite » la Pologne en vue de renouveler le « Triangle de Weimar ». Le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne… Mais que va-t-il se passer maintenant ? Retour sur les étapes de la future relation entre Londres et Bruxelles. Et pour clôturer cette revue de presse, le discours d’Emmanuel Macron sur l’armement nucléaire, la France devenant la seule puissance nucléaire de l’Union européenne au lendemain du Brexit. Retrouvez ici les actualités européennes de la semaine, rédigées par Agathe Lacour-Veyranne.

 

Après plusieurs années de tensions, Emmanuel Macron en visite en Pologne

Le président de la République française a réalisé sa première visite officielle en Pologne, le lundi 3 et mardi 4 février, après une série d’incompréhensions et de tensions diplomatiques. Cette visite à Varsovie vise notamment à apaiser les dissensions d’une relation bilatérale altérée depuis l’arrivée au pouvoir du parti polonais conservateur et populiste PiS (Droit et justice) en 2015.

En octobre 2018 notamment, M. Macron avait vivement critiqué les positions anti-européennes des dirigeants polonais, mais aussi les violations répétées de l’Etat de droit. Le gouvernement polonais s’est isolé progressivement sur la scène internationale, devenant une cible régulière du président français.

Lors de sa visite, Emmanuel Macron a répondu aux inquiétudes polonaises, notamment lorsqu’il avait énoncé, en novembre dernier, que l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) était en « état de mort cérébrale », mais aussi à propos du rapprochement avec la Russie. Il a réaffirmé son attachement à l’alliance atlantique : « La France n’est ni prorusse ni antirusse, elle est proeuropéenne ».

M. Macron a, par ailleurs, mis en garde contre la « négation des principes européens », avertissant que les subventions de l’Union européenne (UE) qui concernent notamment la transition énergétique, auront pour contrepartie un changement des politiques polonaises.

Renouveler le Triangle de Weimar

Au lendemain du Brexit, le rapprochement franco-polonais devient capital au sein de l’UE. Les Etats membres doivent réviser les termes de leur communauté, de leur sécurité collective et de leur projet politique. Avec ses 38 millions d’habitants, la Pologne est appelée à jouer un rôle-clef selon l’Elysée. La France reconnaît la place centrale de la Pologne en Europe sur le plan politique tout en insistant sur les points de convergence.

Selon le président français, les questions essentielles comme la défense, le climat ou encore le budget européen, ne peuvent être réglées qu’en trouvant des convergences tripartites avec l’Allemagne et la Pologne. Il a donc annoncé que le format du « Triangle de Weimar » sera relancé « dans les prochaines semaines ». Le président polonais Andrzej Duda est, par ailleurs, invité par son homologue français le 14 juillet à Paris, toujours dans cette optique de renouvellement du Triangle de Weimar.

 

Au lendemain du Brexit, les futures relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne restent floues

Après trois ans et demi de discussions, le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne a été prononcé. Mais que va-t-il se passer maintenant ?

A la Commission européenne, cela fait déjà plusieurs mois que Londres n’a plus de représentant. Au Parlement de Strasbourg, les soixante-treize eurodéputés britanniques plient bagage. La perte est d’abord numérique comme le précise Le Monde. L’UE perd un important contributeur du budget européen – le Royaume-Uni étant habité par 66 millions d’individus – ainsi que plus de 15% du produit intérieur brut (PIB) de l’Europe. La chancelière allemande Angela Merkel a d’ailleurs qualifié le Royaume-Uni de « concurrent à notre porte ».

L’UE perd également l’un des ses deux pays-membres à disposer d’une puissance nucléaire militaire ainsi que d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) – la France étant le second Etat-membre à en disposer.

Les futures négociations entre Londres et Bruxelles seront donc déterminantes pour définir la future relation entre Londres et Bruxelles, mais aussi pour limiter les dégâts du Brexit, véritable première mise à l’épreuve de l’unité européenne.

Boris Johnson assure qu’aucune « concurrence déloyale » ne sera faite

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a affirmé lundi 3 février que son pays ne ferait aucune « concurrence déloyale » à l’UE après le Brexit, comme le craignent les Européens : « Nous ne ferons aucune concurrence déloyale, qu’elle soit commerciale, économique ou environnementale ».

Dans son discours, M. Johnson n’a pas souhaité prononcer le terme « Brexit » : « ce n’est pas interdit [mais] c’est simplement fini, ça s’est produit ».

Le premier ministre britannique a écarté tout alignement sur les règles européennes en terme d’accord de libre-échange avec l’UE : « Je ne vois aucun besoin de nous contraindre par un accord avec l’UE. Nous allons restaurer notre pleine souveraineté sur nos frontières, l’immigration, la concurrence, les règles encadrant les subventions, les approvisionnements, la protection des données. ».

Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE pour le Brexit a affirmé qu’une proposition exceptionnelle d’accord était faite au Royaume-Uni, visant notamment à éliminer tous les droits de douane et tous les quotas sur les biens échangés. M. Barnier a également précisé que Bruxelles refusera toute économie dérégulée favorisant une concurrence déloyale.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a, quant à elle, prévenu que le niveau d’accès du Royaume-Uni au marché unique européen dépendrait de son niveau d’alignement sur les règles communautaires.

Le Royaume-Uni doit maintenant redéfinir les clauses de sa relation avec l’UE, réduit à vingt-sept, sur le plan commercial et sécuritaire, mais aussi sur celui de la pêche ou encore de l’éducation. Une période de transition de onze mois est ainsi prévue, que Londres refuse d’ores et déjà de prolonger.

 

Armement nucléaire : Emmanuel Macron exhorte les Européens à « un sursaut »

Le président français Emmanuel Macron a prononcé à l’Ecole de guerre, ce vendredi 7 février, un discours sur la dissuasion nucléaire. Il a ainsi exhorté l’UE à « un sursaut » pour une souveraineté choisie, et non subie, en matière de défense, comprenant notamment la dimension économique, normative et technologique.

M. Macron a ainsi réaffirmé le rôle défensif de l’armement nucléaire en précisant que la France, dont « la taille de l’arsenal est inférieure à 300 armes », consolide son engagement dans un désarmement « global, progressif, crédible et vérifiable ». L’arme nucléaire n’est donc pas une arme de bataille selon le président.

La France a notamment prévu de dépenser 37 milliards d’euros entre 2019 et 2025, visant à moderniser les forces nucléaires.

M. Macron a par la suite réaffirmé le principe de dissuasion, en affirmant que l’arme nucléaire répondrait à « toute menace d’origine étatique contre nos intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme ». Et si un Etat se méprend sur la détermination de la France à préserver ces intérêts, « un avertissement nucléaire, unique et non renouvelable, pourrait être délivré ».

La France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne

Le Brexit fait de la France la seule puissance nucléaire dans l’UE. La sortie du Royaume-Uni invite donc de facto à un dialogue sur les questions de leadership militaire et sur la place de la France au sein de l’OTAN pour ne pas risquer les critiques de la part des autres Etats-membres.

Le président de la République précise également le besoin d’une solidarité « inébranlable » en Europe, à l’heure où le parapluie nucléaire des Etats-Unis est de nouveau mis en doute. « Nos forces nucléaires renforcent la sécurité de l’Europe par leur existence même et à cet égard ont une dimension authentiquement européenne. » explique-t-il.

Le discours s’adresse également aux autres membres du P5 – les Etats dotés de l’arme nucléaire au conseil de sécurité de l’ONU – les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni. Ces derniers sont appelés à prendre leurs responsabilités pour assurer la stabilité stratégique du monde au moment où tous les accords jugulant la prolifération des armes nucléaires sont remis en cause.

Retrouvez l’intégralité du discours « Défense et dissuasion » d’Emmanuel Macron à l’Ecole de guerre sur le site du Monde en cliquant ici.

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