Les actus de l’été – Semaine du 31 mai au 7 juin 2020

Relance économique européenne : bientôt le moment des négociations.

Alors que l’UE, et surtout la zone euro, se remettaient tant bien que mal des conséquences de la crise financière de 2008, la récession provoquée par la pandémie de COVID-19 est une nouvelle épreuve pour la solidité économique et la solidarité européenne. La crise de la monnaie unique en particulier a montré qu’une réponse européenne ferme pouvait limiter les conséquences néfastes : le Mécanisme européen de stabilité (MES) et la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne ont très vraisemblablement permis à la zone euro d’éviter l’implosion ou la dislocation en plusieurs zones. La crise du coronavirus semble exiger une solidarité davantage renforcée entre les États membres de l’UE et de la zone euro que durant la précédente crise économique.

Il s’agit d’éviter ce que les peuples de la zone euro ont pu connaître de pire jusqu’à présent : des dérapages budgétaires incontrôlables, amenant à des politiques d’austérité mortifères pour les économies du Sud de l’Europe. En à peine deux mois de crise, l’UE a déjà revu nombre de préceptes de sa politique monétaire et budgétaire.

 

Le couple franco-allemand soutenu par la Commission

Face à la crise pandémique, Angela Merkel et Emmanuel Macron étaient arrivés à un accord le 18 mai pour un plan de relance européen de 500 milliards d’euros pour soutenir les économies durement touchées par la crise sanitaire, sur la base d’une dette commune, en quelques sortes, des euro-obligations qui ne disent pas vraiment leurs noms.

La Commission européenne entend de son côté mettre un fonds de 750 milliards d’euros sur la table pour faire face à la crise économique provoquée par le coronavirus en gardant à l’esprit la question d’une mutualisation de la dette.

Ce soutien de la Commission était la première étape pour le plan de relance impulsé par E. Macron et A. Merkel. Il doit désormais être approuvé à l’unanimité par les dirigeants européens. Et les négociations ne seraient pas une mince affaire si l’on s’en tient aux positions de certains pays – les pays frugaux ou le « club des radins » comme Jean Quatremer les nomme parfois (Autriche, Danemark, Pays-Bas, Suède) –  qui s’étaient clairement positionnés contre ce qui ressemblerait de près ou de loin à une mutualisation de la dette.

Euronews indique que selon l’ancien Premier ministre finlandais, Alexander Stubb, «Ce qui se passe en Italie, ce qui se passe en Espagne va avoir des répercussions à la fois au Danemark et en Suède. Et je pense qu’à la fin ils suivront le wagon“.

Si les négociations aboutissent lors des prochains sommets européens dont le prochain courant juin, ce nouvel instrument financier pourrait entrer en vigueur d’ici le mois de janvier.

 

Pendant ce temps à la BCE… après le bazooka, la dose de cheval

De nombreux commentateurs avaient déjà indiqué que la BCE avait sorti le bazooka les 1050 milliards d’euro de son « programme d’urgence face à la pandémie », désormais elle administre un traitement de cheval à la zone euro.

En effet, ses décisions sont plus rapides que celles qui émanent des sommets européens, la Banque centrale européenne a annoncé qu’elle ajouterait quelques 600 milliards d’euros aux 1050 milliards de son « programme d’urgence face à la pandémie» qui est un programme de rachat de dettes privées et publiques qui serait prolonger d’au moins six mois, jusqu’en juin 2021.

 

Une politique “d’assouplissement quantitatif” d’un montant inédit…

Le Quantitative easing (QE) est un terme anglais qui signifie « assouplissement quantitatif ». C’est un instrument particulier de politique monétaire, ou non conventionnel dont disposent les Banques centrales pour faire varier la quantité de monnaie en circulation dans l’économie. Concrètement, la BCE va acheter massivement des actifs aux banques pour qu’elles soient ainsi incitées à prêter aux entreprises et aux particuliers car in fine l’achat d’actif va influencer le coût du crédit et agir ainsi sur l’inflation et la croissance.

Via cette politique monétaire non conventionnelle (qui tend tout de même à s’installer durablement depuis la crise financière de 2008) la BCE va ainsi injecter 1650 milliards d’euros dans les circuits financiers européens, ce qui permettra aux États de continuer à s’endetter à moindre coût et aux entreprises de trouver de l’argent frais.

Pour des turbulences à venir d’une force inédite

En effet, la BCE s’attend à une lourde récession provoquée par la crise sanitaire en zone euro cette année, suivie d’un rebond plus progressif, tandis que l’inflation sera difficilement contrée. La région monétaire subit “une chute brutale de l’activité économique, du fait de la pandémie de coronavirus et des mesures prises pour la contenir“, a résumé la présidente de l’institution Christine Lagarde lors de sa conférence de presse du 4 juin.

La BCE s’attend à une baisse de presque 9% du PIB de la zone euro en 2020 qui serait cependant accompagnée par des hausses successives en 2021 et 2022. Mais Christine Lagarde faisait aussi savoir lors de sa conférence de presse qu’il s’agit encore d’estimations, les contractions de PIB et autres dommages collatéraux sur l’économie pourraient d’avérer plus grande que prévues.

Jean Quatremer, journaliste européen pour Libération rappelle quelques chiffres édifiants. A terme, la BCE va avoir dans ses coffres l’équivalent de 40% du PIB de la zone euro, une sorte de BCE dépendance.

En effet, avec un budget limité à quelque 1% du PIB des économies de l’UE, l’Union voit son action tout autant limitée. Ce qui fait écho à la première actualité : l’UE décide d’un pot commun pour un endettement commun. Un endettement plus juste pour les économies plus faibles, plus efficace afin de subvenir aux besoins des États touchés économiquement par les mesures de confinement, pour mutualiser en partie les dépenses de relance des économies.

Vers un fédéralisme budgétaire ? Rendez-vous plus tard durant l’été.

Benjamin Dagot

Étudiant de master à l'Institut d'Études Européennes de la Sorbonne Nouvelle, j'ai plaisir à publier des articles et revues de presse à caractère économico-politique pour notre journal dédié aux questions européennes : Eurosorbonne.

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