Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (14.10 – 20.10.19)

C’est une semaine chargée et intense pour l’actualité européenne et internationale. De l’autre côté de la manche, le divorce du Brexit est de nouveau reporté, tandis qu’à l’est, le gouvernement hongrois a essuyé une défaite symbolique lors des élections municipales de Budapest. Tandis que la Catalogne connaît à nouveau des manifestations indépendantiste, la question kurde gèle les relations diplomatiques entre l’Europe et la Turquie. Retrouvez ici les actualités de la semaine, rédigées par Clara Paris !

Brexit : le divorce de nouveau reporté

Alors que la menace du « no deal » planait, Boris Johnson avait enfin réussi à négocier un nouvel accord pour une sortie prévue le 31 octobre. Ce deal inespéré entre l’Union européenne et le Royaume-Uni a été soumis au vote des députés lors d’une session exceptionnelle ce samedi 19 octobre. Une nouvelle tentative qui se solde par un échec, puisque les députés ont décidé de reporter le vote du deal, par 322 voix contre 306.

Le « front stop » : la nouvelle alternative au « backstop »

La solution controversée du backstop proposée par Theresa May et critiquée par Boris Johnson a été abandonnée. Désormais l’accord propose que le Royaume-Uni dans son ensemble quitte l’union douanière. Néanmoins, l’Irlande du Nord devra rester soumise aux règles européennes même si la possibilité lui est donnée d’en sortir tous les quatre ans via un vote par son Parlement. Un nouveau dispositif surnommé « front stop ». Une avancée majeure dans les négociations qui a été saluée. Boris Johnson peut ainsi se targuer d’avoir négocier un deal ferme et d’avoir réussi à faire plier l’Union européenne sur la question irlandaise.

Le nouveau deal torpillé par les députés 

Pourtant, ce deal était loin de ravir tous les partis. Les travaillistes et le parti unioniste irlandais s’y opposaient fermement. N’ayant plus de majorité au Parlement, la seule solution pour Boris Johnson était de de compter sur les groupes indépendants pour l’adoption du deal. Réunis en session exceptionnelle ce samedi, les députés ont fait le choix du report par 322 voix contre 306. En effet, Oliver Letwin a fait adopter un amendement qui ralentit singulièrement le processus. Celui-ci oblige Boris Johson à reporter le Brexit tant que la législation britannique nécessaire n’a pas été mise en place.  Un nouvel épisode qui marque la défaite du Premier ministre et compromet la sortie du Royaume Uni le 31 octobre prochain. Il a d’ailleurs réagi en annonçant sa volonté de ne pas renégocier un report avec l’Union européenne. La Commission européenne attend de se voir donner les directives à suivre.

 

Les municipales en Hongrie : la victoire symbolique de l’opposition 

Dimanche 13 octobre se tenait en Hongrie des élections municipales. Après une campagne électorale houleuse, le Fidesz, parti national-conservateur de Viktor Orban, perd Budapest et essuie un revers historique. Mais cette victoire de la coalition centre gauche est symbolique car elle ne met pas en péril le contrôle exercé par les ultra-conservateurs au niveau national.

« Nous ramenons Budapest en Europe »

Gergely Karacsony, issu de la formation centre gauche, remporte 50,9% des voix et ravit les clés de Budapest à Istvan Tarlos (44,1% des suffrages), fidèle élu du Fidesz en place depuis 9 ans. Pour les municipales, le scrutin est à un seul tour où il suffit de devancer pour l’emporter. Une victoire d’autant plus symbolique qu’elle était ambitieuse : le parti du Premier Ministre dominait la scène politique jusque là. La capitale hongroise connait certes un électorat plus libéral que le reste du pays, mais cela n’avait pas permis d’imposer l’alternance depuis 2010. C’est la preuve que la nouvelle stratégie anti-Orban, c’est-à-dire la coalition des libéraux de la gauche et du centre a fonctionné. Gergely Karacsony, écologiste et pro-européen, insuffle l’espoir et déclare vouloir ramener « Budapest en Europe ». Le Fidesz a reconnu sa défaite et Viktor Orban appelle le parti à prendre en compte les résultats électoraux afin d’effectuer des ajustements politiques.

Une victoire à nuancer

Même si la coalition de centre gauche arrive en tête dans 10 des 23 plus grandes villes hongroises, ces résultats sont à nuancer. En effet, le Fidesz confirme son ancrage dans les communes rurales et disposent ainsi d’un appui certain dans les campagnes. Un atout majeur pour un pays encore très rural, catholique et conservateur. Ainsi, le parti au pouvoir conserve et confirme son pouvoir dans la majorité du territoire hongrois. La victoire de Budapest est hautement symbolique mais il est nécessaire pour la coalition de s’implanter dans ces territoires déterminants.

 

Condamnations des séparatistes : colère et violence en Catalogne

Deux ans après le referendum d’autodétermination proposé par les indépendantistes catalans, la question de la séparation reste un sujet brulant en Espagne. Jugé non constitutionnel, les initiateurs de ce référendum sont poursuivis par la Cour suprême pour sédition et encouraient jusqu’à 25 ans de prison. Neuf des douze de ces dirigeants indépendantistes ont été jugés le 14 octobre à des peines allant de 9 à 13 ans de prison. Le soir même des manifestions ont éclaté partout en Catalogne.

Les chefs de file indépendantistes condamnés

Le jugement rendu par la Cour suprême, quoique nettement en deçà de ce qui avait été requis par le parquet, a été très mal reçu par les séparatistes. Oriol Junqueras, le vice président régional, et figure de prou du mouvement a été condamné à 13 ans de prison pour sédition et détournement de fonds publics. Le Président Carlos Puigdemont est le grand absent de ce procès puisqu’il s’est réfugié en Belgique en 2018. A cet égard,  l’Espagne a envoyé un troisième mandat d’arrêt européen afin qu’il soit rapatrié et jugé. Des peines très mal accueillies par les défenseurs de l’indépendance.

Heurts et violence entre les séparatistes et la police

Alors que le gouvernement voyait dans l’arrêt de la Cour suprême un moyen d’apaiser cette crise politique, les séparatistes ne l’ont pas vu de cet oeil là. Quim Torra, l’actuel président de l’Assemblée catalane, a appelé lundi soir, à la « désobéissance civile » et mobilise les indépendantistes dans toute la Catalogne. De nombreuses manifestations éclatent dés lundi et se poursuivent depuis. D’intensités différentes selon les villes, les indépendantistes ont appelé à manifester devant les bâtiments gouvernementaux afin de dénoncer les condamnations. Barcelone, point de cristallisation de la lutte séparatiste, compte plus de 40 000 militants mardi soir. Après le blocage de l’aéroport El Prat, les manifestants ont érigé des barricades et se sont livrés à des heurts avec la police. Mardi soir, les forces de l’ordre catalanes disent avoir procédé à l’arrestation de 4 personnes et informent que 71 personnes ont du être prises en charge médicalement. Le gouvernement quant à lui veut garantir la sécurité de la population et dénonce la violence utilisée contre les forces de l’ordre. 

Les débats des élections législatives du 10 novembre seront sans doute tournés vers la question catalane.

 

Turquie et Union européenne : des relations diplomatiques en berne

Mercredi 9 octobre, le Président turc Recep Tayyip Erdogan lance une offensive militaire au nord de la Syrie contre l’armée kurde. Considérés comme des terroristes par la Turquie, les Kurdes ont été essentiels pour les Occidentaux dans la lutte contre l’Etat islamique. L’attaque a suscité de vives réactions au sein de l’Union européenne.

Offensive contre les Kurdes condamnée par l’Union européenne

L’opération menée par Ankara, le mercredi 9 octobre, a déclenché un tollé international. Dimanche, le Président français et la Chancelière allemande ont explicitement demandé à Monsieur Erdogan de cesser les attaques à l’encontre des Kurdes. Le lendemain, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne prennent position et condamnent également l’action menée par la Turquie car celle-ci « compromet gravement la stabilité et la sécurité de l’ensemble de la région ». Dans la foulée, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, a annoncé qu’il n’assisterait pas au match entre la France et la Turquie. Les relations diplomatiques entre la Turquie et l’Union européenne semblent entamées.

Des initiatives nationales mais pas de politique européenne

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, demande expressément de cesser toutes actions militaires à la frontière syrienne et rappelle qu’aucun financement européen ne sera accordé pour cette « zone de sécurité ». Des paroles qui ne sont pas encore suivis de sanctions économiques. En effet, les ministres des Affaires étrangères, réunis lundi à Luxembourg, n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la possibilité d’un embargo. Le Royaume-Uni a notamment voté contre l’embargo avec comme argument la présence turque dans l’OTAN. La France a annoncé suspendre ses ventes d’armes à la Turquie et l’Italie a appelé à un « moratoire ». Des initiatives nationales fermes voient le jour alors que l’Union européenne appelle à « une réunion ministérielle de la coalition internationale contre Daech » à l’heure où des soldats de l’El aurait été libérés en Syrie. Des initiatives régionales émergent afin de gérer cette nouvelle crise humanitaire.

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